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La condamnation à mort de Socrate






Dans la condamnation à mort de Socrate, Platon nous dévoile l'intime de la profondeur de pensée du père de la philosophie. Et l'on comprend qu'être le père de la philosophie n'est pas une convention de plus, qu'être philosophe n'est pas un titre ou une fonction. Au contraire, Socrate nous révèle la dimension de la philosophie, pourfendant les honneurs de la société. Mis en perspective avec notre époque contemporaine ce texte nous offre une profonde méditation sur l'individu et le sens de l'individu dans la collectivité. Socrate ne se cache pas, ne se dédouane de rien, ne s'afflige  ni ne se justifie, ne se rend victime ni ne montre d'arrogance dans une supériorité vaine. Il nous montre ici qu'il est ce qu'il est et la vérité est de ne point s'écarter d'être ce que l'on est, sans complaisance ni affliction de soi, de la nécessité d'être au plus proche de ce que l'on est. Le reste n'est que vanité et engendre  éloignement de l'être, donc de l'autre. Quelle est la pérennité d'une société qui veut mettre au pas tous ces citoyens dans un effort productiviste pour la nation ? Quels sont ces peuples qui se laissent soumettre par leur dirigeant ce qui est bon pour eux et pour la soi-disante prospérité de leur pays, dans un but purement économique? Quelles sont ces sociétés qui sacrifient l'être sur l'autel de l'activisme, du productivisme, du rentabilisme forcené? Ce dictat consensuel d'une société statuant sur ce que doit être la vie d'une être humain sacrifie sa liberté et sa réflexion autonome. Alors Socrate, nous allons encore avoir besoin de toi...
Sylvère

« Si je ne m'indigne pas d'être condamné par vous, Athé­niens, c'est pour plusieurs raisons, et notamment parce que je n'étais pas sans m'y attendre. Je m'étonne plutôt de la proportion selon laquelle les voix se sont réparties. Vraiment, je ne pensais pas qu'une si faible majorité se prononcerait contre moi ; je croyais qu'il y en aurait une beaucoup plus forte. Car, si je compte bien, il eût suffi d'un déplacement de trente voix pour que je fusse acquitté. Je conclus de là qu'en ce qui dépendait de Mélétos, me voici absous ; bien plus, personne ne peut douter que, si Anytos et Lycon n'étaient pas venus ici m'accuser, il aurait été condamné à une amende de mille drachmes, faute d'avoir recueilli le cinquième des voix.
Maintenant, il propose qu'on me condamne à mort. Soit. A mon tour, Athéniens, que vais-je proposer ? Évidemment, ce que je mérite. Qu'est-ce donc ? Quel traitement, quelle amende ai-je mérités pour avoir cru que je devais renoncer à une vie tranquille, négliger ce que la plupart des hommes ont à cœur, fortune, intérêts privés, commandements mili­taires, succès de tribune, magistrature, coalitions, factions politiques ? pour m'être convaincu qu'avec mes scrupules je me perdrais si j'entrais dans cette voie ? pour n'avoir pas voulu m'engager dans ce qui n'eût été d'aucun profit ni pour vous ni pour moi ? pour avoir préféré rendre à chacun de vous en particulier ce que je déclare être le plus grand des services, en essayant de lui persuader de se préoccuper moins de ce qui lui appartient que de sa propre personne, pour se rendre aussi excellent, aussi raisonnable que possible, de songer moins aux choses de la cité qu'à la cité elle-même, et, en somme, d'appliquer à tout ces mêmes principes ? Qu'ai-je mérité, je le demande, pour m'être ainsi conduit ? un bon traitement, Athéniens, si nous voulons être justes ; et, sans doute, un bon traitement qui me soit approprié. Qu'y a-t-il donc d'approprié à un bienfaiteur pauvre, qui a besoin de loisir pour vous exhorter ? Rien ne conviendrait à un tel homme, Athéniens, comme d'être nourri dans le prytanée. Oui, cela lui siérait bien mieux qu'à tel d'entre vous qui a été vainqueur à Olympie avec un cheval de course ou un attelage à deux ou un quadrige. Un tel vainqueur vous procure une satisfaction d'apparence ; moi, je vous en apporte une qui est réelle. De plus, il n'a pas besoin, lui, qu'on le nourrisse ; moi, j'en ai besoin. Si donc vous voulez me traiter justement et selon mon mérite, c'est là ce que je vous propose : de me nourrir au prytanée. »

PLATON, Apologie 35 e - 37. (Trad. M. Croisez, Coll. Les Belles Lettres, Éd. Budé.)





Dans la condamnation à mort de Socrate, Platon nous dévoile l'intime de la profondeur de pensée du père de la philosophie. Et l'on comprend qu'être le père de la philosophie n'est pas une convention de plus, qu'être philosophe n'est pas un titre ou une fonction. Au contraire, Socrate nous révèle la dimension de la philosophie, pourfendant les honneurs de la société. Mis en perspective avec notre époque contemporaine ce texte nous offre une profonde méditation sur l'individu et le sens de l'individu dans la collectivité. Socrate ne se cache pas, ne se dédouane de rien, ne s'afflige  ni ne se justifie, ne se rend victime ni ne montre d'arrogance dans une supériorité vaine. Il nous montre ici qu'il est ce qu'il est et la vérité est de ne point s'écarter d'être ce que l'on est, sans complaisance ni affliction de soi, de la nécessité d'être au plus proche de ce que l'on est. Le reste n'est que vanité et engendre  éloignement de l'être, donc de l'autre. Quelle est la pérennité d'une société qui veut mettre au pas tous ces citoyens dans un effort productiviste pour la nation ? Quels sont ces peuples qui se laissent soumettre par leur dirigeant ce qui est bon pour eux et pour la soi-disante prospérité de leur pays, dans un but purement économique? Quelles sont ces sociétés qui sacrifient l'être sur l'autel de l'activisme, du productivisme, du rentabilisme forcené? Ce dictat consensuel d'une société statuant sur ce que doit être la vie d'une être humain sacrifie sa liberté et sa réflexion autonome. Alors Socrate, nous allons encore avoir besoin de toi...
Sylvère

« Si je ne m'indigne pas d'être condamné par vous, Athé­niens, c'est pour plusieurs raisons, et notamment parce que je n'étais pas sans m'y attendre. Je m'étonne plutôt de la proportion selon laquelle les voix se sont réparties. Vraiment, je ne pensais pas qu'une si faible majorité se prononcerait contre moi ; je croyais qu'il y en aurait une beaucoup plus forte. Car, si je compte bien, il eût suffi d'un déplacement de trente voix pour que je fusse acquitté. Je conclus de là qu'en ce qui dépendait de Mélétos, me voici absous ; bien plus, personne ne peut douter que, si Anytos et Lycon n'étaient pas venus ici m'accuser, il aurait été condamné à une amende de mille drachmes, faute d'avoir recueilli le cinquième des voix.
Maintenant, il propose qu'on me condamne à mort. Soit. A mon tour, Athéniens, que vais-je proposer ? Évidemment, ce que je mérite. Qu'est-ce donc ? Quel traitement, quelle amende ai-je mérités pour avoir cru que je devais renoncer à une vie tranquille, négliger ce que la plupart des hommes ont à cœur, fortune, intérêts privés, commandements mili­taires, succès de tribune, magistrature, coalitions, factions politiques ? pour m'être convaincu qu'avec mes scrupules je me perdrais si j'entrais dans cette voie ? pour n'avoir pas voulu m'engager dans ce qui n'eût été d'aucun profit ni pour vous ni pour moi ? pour avoir préféré rendre à chacun de vous en particulier ce que je déclare être le plus grand des services, en essayant de lui persuader de se préoccuper moins de ce qui lui appartient que de sa propre personne, pour se rendre aussi excellent, aussi raisonnable que possible, de songer moins aux choses de la cité qu'à la cité elle-même, et, en somme, d'appliquer à tout ces mêmes principes ? Qu'ai-je mérité, je le demande, pour m'être ainsi conduit ? un bon traitement, Athéniens, si nous voulons être justes ; et, sans doute, un bon traitement qui me soit approprié. Qu'y a-t-il donc d'approprié à un bienfaiteur pauvre, qui a besoin de loisir pour vous exhorter ? Rien ne conviendrait à un tel homme, Athéniens, comme d'être nourri dans le prytanée. Oui, cela lui siérait bien mieux qu'à tel d'entre vous qui a été vainqueur à Olympie avec un cheval de course ou un attelage à deux ou un quadrige. Un tel vainqueur vous procure une satisfaction d'apparence ; moi, je vous en apporte une qui est réelle. De plus, il n'a pas besoin, lui, qu'on le nourrisse ; moi, j'en ai besoin. Si donc vous voulez me traiter justement et selon mon mérite, c'est là ce que je vous propose : de me nourrir au prytanée. »

PLATON, Apologie 35 e - 37. (Trad. M. Croisez, Coll. Les Belles Lettres, Éd. Budé.)