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Évolution et Lumière, évolution dans la lumière et par la lumière!

La création de ce site part du constat que chaque chercheur sur le chemin de l'évolution spirituelle est un trouveur potentiel ou effectif, pouvant dans un partage sincère de ses expériences, accomplir des ouvertures pour d'autres consciences en développement... Lire la suite

NIRVANA




« Un individu peut s’échapper hors de ce monde d’Ignorance et se fondre en le Brahman inactif, mais cela laisse le Dessein inachevé, tant dans la vie particulière que dans l’univers ».
Sri Aurobindo, Lettres




Dans  les Entretiens avec Sri Aurobindo de Nirodbaran, Sri Aurobindo définissait son expérience du Nirvana en ces termes:

«Le nirvana, tel que je le connais, est une expérience dans laquelle la personnalité séparée est abolie et où l'on agit selon la nécessité de ce qui doit être fait. ce n'est qu'un passage vers un état où l'on parvient à l'individualité véritable. Cette individualité est vaste, infinie, et peut contenir l'univers entier en elle-même. Ce n'est pas le petit moi individuel étroit et limité dans la nature. Quand on atteint cette individualité véritable, on peut continuer à vivre dans le monde tout en étant au-dessus. On peut agir sans être esclave de ses actes. Pour se débarrasser de la personnalité séparée, le nirvâna est une expérience puissante. Après le nirvâna, on peut passer à la réalisation de soi où l'on devient l'Un dans le tout et l'Un qui est le multiple - tout en étant Lui.»

Voici un extrait de  Sri Aurobindo et l’Aventure de la Conscience , par Satprem, chez Buchet Chastel dont la lecture est plus que recommandable !

Cet extrait est explicite sur ce qu’est l’éveil dans le sens traditionnel et peux nous aider à clarifier beaucoup de confusions sur ce sujet  et contribuer grandement à élargir, voir même clarifier nos concepts sur l’éveil, sujet très en vogue dans le milieu de la spiritualité et du développement personnel...

Nous voyons donc clairement ce qui fait de l’éveil une étape sérieuse et importante, même si elle n’est pas nécessaire. Et pourquoi certaines personnes peuvent manquer de comprendre que ce n’est pas la fin, même si c’en est une…

(…) Parce que, en réalité, on ne s'élève pas quand on passe dans le Nirvana — on perce un trou et
on sort (…)

 

Nirvana

En 1906, Sri Aurobindo quitte l'État de Baroda pour se plonger au cœur de l'agitation politique, à Calcutta. Les erreurs de Lord Curzon, gouverneur du Bengale, avaient précipité l'effervescence des étudiants; c'était le moment d'agir. Avec un autre grand nationaliste, Bepin Pal, Sri Aurobindo lance un quotidien de langue anglaise, Bandé Mataram (« Salut à la Mère Inde»), qui devait être le premier à déclarer publiquement le but de l'indépendance totale et contribuer puissamment au réveil de l'Inde; il fonde un parti extrémiste, établit un programme d'action nationale : boycott des denrées britanniques, boycott des tribunaux britanniques, boycott des écoles et universités britanniques; devient le directeur du premier « collège national » à Calcutta et s'agite tant que moins d'un an après il est sous le coup d'un mandat d'arrêt.
Malheureusement pour les Anglais, les articles et les discours de Sri Aurobindo étaient légalement inattaquables; il ne prêchait pas la haine de race, n'attaquait pas même le gouvernement de Sa Majesté, simplement il déclarait le droit des nations à l'indépendance. L'accusation tomba, faute d'éléments; seul l'imprimeur, qui ne savait pas un traître mot d'anglais, fut condamné à six mois de prison. Cette arrestation manquée rendit célèbre Sri Aurobindo; il était désormais le leader reconnu du parti nationaliste et sortait des coulisses où, pourtant, il aurait préféré rester : Je me soucie comme d'une guigne d'avoir mon nom gravé dans vos fichus endroits, dira-t-il plus tard; je n'ai jamais cherché la célébrité, même dans la vie politique; je préférais rester dans les coulisses, pousser les gens sans qu'ils le sachent et que le travail soit fait.
Mais nous aurions tort d'imaginer un Sri Aurobindo fanatique; tous ses contemporains étaient frappés par ce « jeune homme tranquille qui d'un seul mot faisait taire un meeting tumultueux ». C'est au milieu de ce bouillonnement extérieur, entre les meetings politiques et le journal à faire tomber tous les matins, et sous la menace constante de la police secrète, que le 30 décembre 1907 Sri Aurobindo rencontre un yogi du nom de Vishnou Bhaskar Lélé, qui devait lui apporter une expérience paradoxale dans sa vie déjà paradoxale.
C'était la première fois que Sri Aurobindo rencontrait un yogi, du moins volontairement, après treize années dans l'Inde ! c'est dire assez qu'il se méfiait de l'ascétisme et des spiritualistes. La première question qu'il lui pose est d'ailleurs typique : Je veux faire le yoga pour travailler, pour agir, non pour renoncer au monde ni pour le Nirvana. La réponse de Lélé est étrange et mérite qu'on s'en souvienne : « Pour vous, ce ne devrait pas être difficile puisque vous êtes poète. »
Les deux hommes se retirent ensemble dans une chambre isolée, pendant trois jours. Dès lors, le yoga de Sri Aurobindo va suivre une courbe imprévue qui semblera l'éloigner de l'action, mais seulement pour le conduire au secret de l'action et du changement du monde. Le premier résultat, écrit Sri Aurobindo, fut une série d'expériences formidablement puissantes et de changements de conscience radicaux que Lélé n'avait jamais eu l'intention de me donner... et qui étaient tout à fait contraires à mes propres idées; elles me firent voir le monde, avec une prodigieuse intensité, comme un jeu cinématographique de formes vacantes dans l'universalité impersonnelle de l'Absolu, Brahman.

Dans les espaces énormes du moi,
Le corps, comme une coquille errante.

Du coup, tout le yoga intégral de Sri Aurobindo s'écroulait, tous ses efforts de transformation mentale, vitale et physique, et sa foi en une vie terrestre accomplie, s'annulaient dans une énorme Illusion — il ne restait plus rien, que des formes vides. Je fus soudain projeté dans un état au-dessus, sans pensée, pur de tout mouvement mental ou vital; il n'y avait pas d'ego, pas de monde réel—seulement, quand « on » regardait à travers les sens immobiles, quelque chose percevait ou portait sur son absolu silence un monde de formes vides, d'ombres matérialisées sans substance véritable. Il n'y avait ni Un, ni même plusieurs, seulement Cela, absolument, sans traits, sans relations, pur, indescriptible, impensable, absolu, et pourtant suprêmement réel et seulement réel. Et ce n'était pas une réalisation mentale ni quelque chose que l'on percevait quelque part en haut — ce n'était pas une abstraction, c'était positif, la seule réalité positive (bien que ce ne fut pas un monde physique spatial) qui emplissait, occupait, ou plutôt inondait et noyait cette semblance de monde physique, ne laissant aucun lieu, aucun espace pour aucune autre réalité qu'elle-même et ne permettant à rien d'autre de sembler vraiment réel, positif ou substantiel... Cette expérience m'apportait une Paix indicible, un formidable silence, une infinitude de délivrance et de liberté.

D'emblée, Sri Aurobindo était entré dans ce que les bouddhistes appellent Nirvana, le Brahman silencieux des hindous. Cela; le Tao des Chinois; le Transcendant, l’Absolu, l'Impersonnel des Occidentaux. Il était arrivé à la fameuse « libération » (mukti) que l'on considère comme le sommet » de la vie spirituelle — qu'y aurait-il donc au-delà du Transcendant? Et Sri Aurobindo vérifiait la parole du grand mystique indien, Sri Ramakrishna : « Si nous vivons en Dieu, le monde disparaît; si nous vivons dans le monde, Dieu n'existe plus », le gouffre qu'il avait tenté de combler entre la Matière et l'Esprit était rouvert sous ses yeux dessillés; les spiritualistes avaient raison, en Occident comme en Asie, qui assignent pour seule destination aux efforts de l'homme une vie au-delà — paradis, Nirvana ou libération — ailleurs, mais pas dans cette vallée de larmes ou d'illusion. L'expérience de Sri Aurobindo était là, irréfutable sous ses yeux.

Or cette expérience, dont on dit qu'elle est finale, devait être, pour Sri Aurobindo, le point de départ de nouvelles expériences, plus hautes, qui réintégraient dans une Réalité totale, continue et divine, la vérité du monde et la vérité de l'au-delà. Nous sommes ici en présence d'une expérience centrale dont la compréhension importe au sens même de notre existence, car, de deux choses l'une, ou bien la Vérité suprême n'est pas d'ici-bas, comme toutes les religions du monde l'ont dit, et nous perdons notre temps à des futilités, ou bien il y a autre chose que tout ce que l'on nous raconte. Et la question est d'autant plus importante qu'il ne s'agit pas de théorie, mais d'expérience.

Voici ce que rapporte Sri Aurobindo : Je vécus jour et nuit dans ce Nirvana avant qu'il ne commence à admettre autre chose en lui ou à se modifier tant soit peu... puis il commença à disparaître dans une Supraconscience plus grande, en haut... L'aspect illusoire du monde cédait la place à un autre aspect où l'illusion n'était plus qu'un petit phénomène de surface, avec une immense Réalité divine par-derrière, une suprême Réalité divine au-dessus et une intense Réalité divine au cœur de toutes les choses qui, tout d'abord, m'étaient apparues comme des formes vides ou des ombres cinématographiques. Et ce n'était pas un réemprisonnement dans les sens, pas une diminution ou une chute de l'expérience suprême; au contraire, c'était une élévation constante et un élargissement constant de la Vérité... Le Nirvana, dans ma conscience libérée, se révéla le commencement de ma propre réalisation, un premier pas vers la chose complète, non la seule réalisation possible ni même la culmination finale.

Qu'est-ce donc que ce Transcendant qui semble se situer, non pas au sommet, mais à une altitude très moyenne? Nous pourrions dire, pour employer une analogie un peu simple, mais vraie, que le sommeil représente un état transcendant par rapport à la veille, mais qu'il n'est pas plus haut ni plus vrai que la veille, ni moins vrai. Simplement, c'est un autre état de conscience. Si nous nous retirons des mouvements mentaux et vitaux, naturellement tout s'évanouit; quand on s'anesthésie, on ne sent plus rien, pour parler comme Monsieur de la Palice. Nous avons tendance, naturellement, à juger que cette Paix immobile et impersonnelle est supérieure à notre vacarme, mais, après tout, ce vacarme ne tient qu'à nous. Le supérieur ou l'inférieur ne tient pas au change-ment d'état, mais à la qualité ou à l'altitude de notre conscience dans l'état considéré. Or le passage dans le Nirvana ne se situe pas au sommet de l'échelle, pas plus que le sommeil ou la mort ne sont au sommet de l'échelle; il peut se produire à n'importe quel niveau de notre conscience ; il peut se produire par une concentration dans le mental, par une concentration dans le vital, et même par une concentration dans la conscience physique; le hatha yogi penché sur son nombril, ou le Bassouto qui danse autour de son totem, peuvent tout à coup passer ailleurs, si tel est leur destin, dans une autre dimension transcendantale où tout ce monde est réduit à néant; de même le mystique absorbé dans son cœur; de même le yogi concentré dans son mental. Parce que, en réalité, on ne s'élève pas quand on passe dans le Nirvana — on perce un trou et on sort.

Sri Aurobindo n'avait pas dépassé le plan mental quand il eut l'expérience du Nirvana : J'ai eu l'expérience du Nirvana et du silence dans le Brahman, longtemps avant d'avoir la moindre connaissance des plans spirituels au-dessus de la tête. Et c'est précisément après s'être élevé à des plans plus hauts, supraconscients, qu’il eut des expériences supérieures au Nirvana, où cet aspect illusionniste, immobile et impersonnel, se fondait dans une Réalité nouvelle embrassant à la fois le monde et l'au-delà du monde. Telle est la première découverte de Sri Aurobindo. Le Nirvana n'est pas et ne peut pas êtrela fin du chemin sans rien d'autre à explorer... c'est la fin du chemin inférieur à travers la Nature inférieure et le commencement de l'évolution supérieure.

D'un autre point de vue, nous pouvons aussi nous demander si le but de l'évolution est vraiment d'en sortir comme le pensent les adeptes du Nirvana et de toutes les religions qui ont fixé l'au-delà pour but de nos efforts; car si nous dépassons les raisons sentimentales qui fondent notre croyance, ou notre incroyance, pour ne regarder que le processus évolutif, force nous est de constater que la Nature aurait pu aisément opérer cette « sortie » quand nous en étions à un stade mental élémentaire et que nous vivions encore comme des êtres instinctivement intuitifs, ouverts, malléables. L'humanité védique ou des Mystères de la Grèce ancienne, ou même celle de notre Moyen-Age, était plus proche de la « sortie » que nous ne le sommes et, si tel était vraiment le but de la Nature évolutive, en admettant que l'évolution ne se déroule pas au hasard mais suivant un Plan, c'est ce type d’homme qu’elle aurait dû encourager; on pouvait aisément sauter par-dessus l'intellect, comme l'observe Sri Aurobindo dans son Cycle humain, et passer de cet instinctivisme intuitif à un spiritualisme ultra-mondain. L’intellect est une excroissance parfaitement inutile si l’on considère que le but de l'évolution est d'en sortir. Or il semble, au contraire, que la Nature ait découragé cette intuition primitive, qu'elle l'ait recouverte comme à dessein d'une couche mentale de plus en plus épaisse, de plus en plus complexe et universelle, et de plus en plus inutile du point de vue de la sortie (…)
SATPREM.


Par conséquent le travail spirituel de Sri Aurobindo consista à établir une transformation au niveau du passage même vers la transcendance, car pour l'homme:

 "Sa pleine libération, sa complète illumination, viendront quand il aura traversé la ligne et sera dans la lumière d'une existence supraconsciente nouvelle. Telle est la transcendance qui était le but de l'aspiration des mystiques et des chercheurs spirituels. Mais ceci, en soi ne changerait rien à la création ici-bas; l'évasion d'une âme libérée du monde ne fait aucune différence pour ce monde.
Cependant, cette traversée de la ligne, si elle était utilisée à des fins non seulement ascendantes mais descendantes aussi, amènerait la transformation de la ligne elle-même, et changerait la barrière, le couvercle qu'elle est maintenant en un passage pour les hauts pouvoir de conscience de l’Être qui sont présent au-dessus d'elle."
Sri Aurobindo

Et pour compléter cette présentation voici quelques textes de Sri Aurobindo concernant le Nirvana: