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La création de ce site part du constat que chaque chercheur sur le chemin de l'évolution spirituelle est un trouveur potentiel ou effectif, pouvant dans un partage sincère de ses expériences, accomplir des ouvertures pour d'autres consciences en développement... Lire la suite

RAMANUJA: LES TEXTES

 NAMALVAR ("notre Alvar", Premier Alvar de la deuxième période et le plus important, temple d'Ahobilam

 Le salut dépend uniquement du fait de ne pas le refuser.
Pandit Varada Desika



Voici une présentation de quelques textes de Ramanuja telle qu'elle est faite dans l'ouvrage :
"
Ramanuja et la mystique vishnouite" de A. M. ESNOUL.

Parmi les textes de Râmânuja, nous nous arrêterons aux deux principaux : le commentaire des Brahma Sûtra et celui de la Bhagavad Gîtâ, le commentaire des Brahma Sûtra présente surtout l'aspect philosophique de sa pensée.
Le genre commentaire, qui peut nous déconcerter de prime abord, a joué un rôle de premier plan dans la littérature indienne. L'enseignement oral exigeait de courts traités, soit en vers, soit en formules concises à l'extrême, que l'étudiant apprenait par cœur. La contre partie de la concision était l'hermétisme ; il appartenait donc aux maîtres – comme nous l'avons déjà vu – d'habiller suivant leur tradition ces schèmes de pensée.
On glosait ces ouvrages mnémoniques, vers après vers, formule après formule. Lorsque, comme il arrive parfois, le développement s'allonge indéfiniment, il peut se suffire à soi-même, ou il se révèle possible d'en détacher des fragments mais, dans la majorité des cas, il convient de présenter côte à côte passage commenté et commentaire

HYMNE A NARÂYANA
Introduction au Gîtâ Bhâshya
Or donc le Seigneur de Çrî.
Incompatible en Sa nature avec tout ce qui est indésirable Dont la forme propre n'est que connaissance et béatitude infinies ;
Grand océan de multitudes innombrables de qualités excellentes, essentiellement illimitées et surabondantes dans l'ordre de la connaissance (et) de la puissance, de la force, de la domination, de l'héroïsme et de l'ardeur ;
Trésor de qualités infinies, chères à Son coeur, conformes à Son inclination profonde, sans discordances, inconcevables, divines, admirables, éternelles, irréprochables, insurpassables, telles que l'éclat, la beauté, la grâce, la jeunesse ; de forme divine ;
Paré d’ornements appropriés à Sa nature, dans lesquels Il trouve sa joie, divers, variés, infiniment merveilleux, éternels, irréprochables, sans limites, divins ;
Equipé d'armes conformes à Sa nature, innombrables, d'une inconcevable puissance, éternelles, irréprochables, insurpassables, excellentes, divines ;
Doué d'une forme propre, de qualités, d'une majesté, d'une souveraine domination, chères à Son coeur, conformes à son inclination profonde, éternelles, irréprochables ;
Bien-aimé de Çrî pour la multitude des qualités illimitées, surabondantes, innombrables, excellentes que sont Ses vertus...
Dont les deux pieds sont incessamment loués par les sages innombrables, doués de multitudes de qualités infinies dans l'ordre de la connaissance (et) de l'action, irréprochables: et insurpassables,
N'ayant de repos et de délices qu'en ce surplus de Son être, qui dépasse la complétude du leur, et qui tout ensemble constants en leur nature essentielle et diligents en la diversité des actions extérieures, se conforment toujours à Sa volonté ;
Qui, parce que Sa forme propre et Sa nature sont telles que la parole et la pensée ne les peuvent circonscrire, est doué d'une gloire infiniment grande et merveilleuse, abondante en objets, moyens et lieux d'expérience heureuse, infinis, variés, chers à Son coeur ;
Dont les dimensions sont infinies
Éternel ;
Impérissable
Irréprochable
Inaltérable ;
Siège de l'essence suprême
Qui se joue à faire surgir, se développer et se résorber l'univers rempli de la diversité et variété des objets et sujets d'expérience affective ;
Le suprême Brahman ;
La Personne suprême
Nârâyana !
Immuable en Sa forme propre lors même qu'Il produit l'univers depuis Brahmâ (le démiurge) jusqu'aux êtres sans mouvement ;
Qui tout inaccessible qu'Il est à l'effort de méditation le plus concentré et à l'adoration des hommes et des dieux y compris Brahmâ, assume pourtant, sans perdre aucunement Son essence la plus propre, certaines formes (actes, cibles), quoique de constitution homogène à Sa divinité, et ce de Sa pure initiative, parce qu'Il est un grand océan sans rivages de compassion, de bienveillance, de parentale tendresse, de générosité ;
Vénéré, chargé d'honneurs propitiatoires par les générations humaines selon que d'âge en âge Il est descendu parmi elles, leur faisant atteindre les fruits convenables dans l'ordre du salut, des observances sacrées et des obligations morales, de la richesse et du plaisir ; qui s'est rendu visible aux regards de tous les hommes, même des moins dignes, tels que nous, afin d'apaiser les souffrances de la transmigration, en effectuant ce que l'on appelle la descente pour le fardeau de la terre.
(Trad. Olivier Lacombe : l'Absolu selon le Vedânta, P. 277-78.)
DISCIPLINE DE L’ACTE
(Bh. G. III ; 17-20)
On a vu que si Râmânuja prône la dévotion comme voie du salut, il ne dénie pas aux actes rituels leur valeur préparatoire pourvu qu'on les accomplisse avec détachement. Ici, il commente à la suite trois çloka de la Gîta.
« L'être humain qui n'a sa joie que dans le Soi et n'est rassasié que par lui et qui ne se satisfait que du Soi, celui-là n'a plus rien à faire. » (17)
« Il n'a aucun intérêt pour ce qui se fait ou ne se fait pas ici-bas. Et parmi tous les êtres, aucun n'est pour lui objet d'intérêt. » (18)
« Donc, détaché, accomplis ce que tu dois faire, car l'homme qui agit avec détachement atteint le Bien Suprême. » (19)
Indifférent à la réussite procurée par la discipline de la connaissance et la discipline des actes, celui qui spontanément prend sa seule joie dans le Soi et n'est attentif qu'au Soi, que le Soi seul satisfait, et non le manger, le boire ou tout ce qui diffère du Soi, qui trouve son contentement dans le Soi et non dans les jardins, guirlandes, onguents, chants, discours et autres divertissements, pour qui le Soi est tout - soutien, nourriture, jouissance – celui-là n'a besoin de rien faire pour voir le Soi car, de sa propre essence, de lui-même, partout, il voit le Soi.
Ainsi, son but n'est pas de voir le Soi parce qu'il accomplit un acte rituel ; il n'en est nul besoin. Si l'on ne parvient pas à voir le Soi, il n'y a pas de but. En se détournant de tous les objets inconscients, distincts du Soi, qui composent tous les éléments – espace et autres – évolués de la Nature, si l'on ne parvient pas à voir le Soi, il n'y a nul recours en vue de cette obtention. C'est pourquoi, pour parvenir (à se détourner), il faut déjà un commencement de réalisation, et celui (qui y parvient), certes, est à jamais délivré. »
« L'acte peut réussir à faire voir le Soi non encore obtenu, mais l'acte ne peut y réussir qu'en raison d'un état de disponibilité, de vigilance et d'une recherche de la véritable essence du Soi intérieur chez celui-là même qui se plie à la discipline de la connaissance ; dans une certaine mesure, et compte tenu de la convenance des actes, c'est la discipline de l'acte qui est la plus apte à provoquer la vue du Soi : pour toutes ces raisons, on dit qu'il faut agir avant de s'être (complètement) détaché. Autrement dit « accomplir les actes rituels tant que le Soi n'est pas atteint. » « Hors des liens, il faut (encore) agir, » dit-on. L'homme par la discipline des actes, en accomplissant les actes rituels antérieurement à la non-activité précipitée, obtient le Suprême, c'est-à-dire qu'il atteint le Soi. »
« C'est par les actes seuls que Janaka et d'autres se sont assuré la réussite parfaite. » (20)
Pour voir le Soi, la discipline de l'acte est la meilleure, même chez ceux qui pratiquent la discipline de la connaissance : en effet, Janaka et d'autres sages royaux qui viennent en tête des adeptes de cette voie de la connaissance se sont assuré la réussite parfaite – c'est-à-dire qu'ils ont appréhendé le Soi – grâce à la discipline de l'acte.
LA DOUBLE NATURE DIVINE
(VII, 4-6).
Râmânuja explique ici comment dépendent de Dieu seul les deux créations, la spirituelle et la matérielle.
« Terre, eau, feu, air, éther, sens commun, et aussi la conscience et le pouvoir d'individuation, telle est Ma Nature, octuplement répartie. » (4)
« Fixée sous la forme des divers objets, moyens et lieux d'expérience, cette Nature différenciée, octuple, que qualifient les éléments subtils, odeur, saveur, etc..., qui se manifeste comme terre, eau, air, lumière, éther, etc..., comme organes des sens, sens commun etc... et comme Conscience et pouvoir d'individuation, reconnais-la pour Mienne. »
« Voilà la Nature inférieure issue de Moi, mais sache qu'il en est une autre, supérieure, composée de principes spirituels, ô guerrier, et qui soutient tout cet univers. » (5)
Telle est la Nature inférieure, mais il en existe une autre, supérieure à la Nature inintelligente expérimentable par l'intelligence, qui façonne les germes et les espèces, et qui est composée d'âmes individuelles : c'est la Nature supérieure car elle expérimente l'autre. Cette Nature, connais-la aussi comme son être est le Préstitué, son essence est la conscience et elle supporte l'univers inconscient dans sa totalité.
« Considère que tous les êtres ont cette Nature pour matrice. Moi, Je suis la source de l'univers entier et aussi sa dissolution. » (6)
« Sache que tous les êtres sont miens, issus de cette double Nature mienne, octuple en ses formes conscientes et inconscientes, qui sont fixées dans leur condition haute ou basse et vont de Brahmâ au brin d'herbe, mêlées de conscience et d'inconscience. Ils sont à Moi, rien qu'à Moi car ils sont issus de Ma double Nature, c'est-à-dire issus de Moi et miens ; c'est Moi qui suis leur origine, Moi leur dissolution, c'est Moi enfin, le Çeshin, le maître de tout dont le reste est issu.
C'est la Révélation et la Tradition qui nous assurent que tous les êtres, faits de conscience ou de non-conscience, ainsi que la Nature et l'Esprit lui-même, proviennent de la Personne Suprême. La Conscience illuminatrice repose dans l'Involué, l'Involué dans l'Impérissable, l'Impérissable dans les ténèbres et les ténèbres dans le Dieu suprême ; Lui seul existe. C'est à dire, ô brâhman, que ces deux formes, Nature et Esprit, sont nées de la propre puissance du Seigneur Vishnu « Cette Nature reconnue par Moi comme ayant les formes évoluées et non-évoluées », dit le Seigneur. Ces deux formes – l'Esprit aussi –, reposent sur le Soi Suprême, et le Soi Suprême, c'est le Seigneur Suprême, support universel. On le chante sous le nom de Vishnu dans les Veda et les Upanishad... Tel est le début de la Révélation et de la Tradition.
Et le Seigneur dit « De même que Je suis Suprême, en tant que cause de cette double Nature, cause de tout et englobant (Çeshin) tous les êtres conscients et inconscients, Je suis aussi suprême parce que Je suis doué de toutes les qualités telles que savoir, efficience, force etc. Rien d'autre que Moi n'existe, c'est-à-dire qu'il n'existe rien intimement pourvu de savoir, efficience ou autre qualité, qui Me surpasse.»
POURQUOI DIEU N'EST PAS MANIFESTE
(Bh. G. VII, 25-28)
« Enveloppé de mon illusion magique, Je ne suis pas manifeste à tous. Ce monde égaré ne Me reconnaît pas comme le Non-né, l'Impérissable. » (25)
« Je ne suis pas manifeste pour tous, enveloppé par l'illusion inhérente à la condition humaine, propriété commune des sujets connaissants. Ces gens égarés, en Me percevant, Moi qui l'emporte en exploits sur Vayu et Indra et en éclat sur le soleil et sur le feu, ne voient en Moi que la condition humaine – ou autre – et ne Me reconnaissent pas, Moi le Non-né, l'Impérissable, comme cause unique de l'univers, maître de tout et soutien intérieur de cette condition humaine pour servir de refuge à tous. »
« 0 Arjuna, je connais les êtres passés, présents et à venir mais Moi, personne ne Me connaît. » (26)
« Tous les êtres, passés, présents, à venir, Je les connais ; quant à Moi, personne ne me connaît, signifie que parmi les êtres humains des trois temps, que tous Je connais, nul ne Me connaît, Moi, fils de Vasudeva, dans Mon essence, et nul ne M'identifie comme le refuge de tous. Donc, difficile est à trouver celui qui possède cette suprême connaissance. »
« En proie au désir et à l'aversion, égarés par les couples des contraires, lors de la création, tous les êtres, ô Bharata, tombent dans l'inconscience. » (27)
A la création, c'est-à-dire au moment même de leur naissance, parce qu'égarés par le désir et l'aversion au sujet du froid, du chaud, et des autres couples antinomiques, tous ces êtres tombent dans l'inconscience. On dit en effet « Les objets qui, dans les naissances antérieures, ont été entachés de désir et d'aversion à l'égard de ce qu'on nomme couples antinomiques, produits des guna et accompagnés de plaisir et de douleur, lors d'une nouvelle naissance laissent des traces, vestiges de ces naissances antérieures ; chez les êtres, ils provoquent l'égarement. Cet égarement conduit les hommes à l'inconscience. Ils sont naturellement attirés et repoussés par les objets et non, comme le sage, heureux ou malheureux du seul fait de leur union ou de leur désunion d'avec Moi. Si seule cette union ou cette désunion d'avec Moi rend naturellement le sage heureux ou malheureux, nul ne naît pourtant avec cette tendance.»
« Mais ceux qui, vertueux, leur reliquat de mal épuisé, se sont libérés de l'égarement né des couples antinomiques, immuablement fidèles, ils participent à Moi. » (28)
« Ceux qui, au cours de nombreuses existences, ont accumulé des actes pieux, usent et suppriment cet obstacle néfaste à l'attachement passionné envers Moi, obstacle provoqué par le désir et l'aversion pour les couples antinomiques issus des guna et dont l'origine remonte à un temps sans commencement. Et suivant l'excellence relative des mérites sub-mentionnés, m'ayant atteint, Moi, leur refuge, libérés de l'égarement qui a sa source dans les guna, délivrés de la vieillesse et de la mort, ou voués, soit aux pouvoirs surhumains, soit à mon obtention, immuablement fidèles à Moi, c'est-à-dire immuablement fixés, c'est à Moi qu'ils participent. »
LA MORT
(Bh. G. VIII, 5-8)
Ce passage fait allusion à une croyance courante dans les religions de bhakti : la dernière pensée conditionnerait la future re-naissance. On y fait allusion à un épisode de l'épopée : le roi ascète Bharata perd le fruit de son ascèse par son attachement excessif à un jeune faon qu'il avait recueilli ; la délivrance finale lui échappe et il renaît cervidé, le faon étant la dernière image qu'ait fixé son regard.
« A l'heure de sa fin, celui qui, trépassant, n'a conscience que de Moi, lorsqu'il quitte son corps, il rejoint Mon essence; sur ce point, il n'y a pas de doute. » (5)
« A l'instant de la mort, s'il n'a que Moi dans l'esprit lorsqu'il trépasse, abandonnant son corps, il rejoint Mon essence ; cette essence qui est mienne, par l'effet de sa propre nature, il y parvient. Il rejoint l'essence qui lui est familière. Donc, si à ce moment-là, il n'est attentif qu'à Moi, cette même essence lui échoit. Mais si, comme Bharata et quelques autres, à ce moment il n'a en pensée qu'un cerf, il renaîtra cerf, lui aussi. »
Quelle que soit l'essence qu'il a présente à l'esprit quand il abandonne son corps, c'est cette même essence, ô fils de Kunti, qui toujours lui échoit. » (6)
« ... A la fin – à l'instant de la mort –, quelque essence qu'il ait présente en mémoire en quittant son corps, c'est cette essence qu'il rejoint au sein de la mort. Et cette conscience ultime se produit uniquement en conséquence des actes accumulés antérieurement. »
Donc, en tous temps, sois conscient de Moi, et lutte la Conscience et le sens interne fixés sur Moi, c'est vers Moi, sans aucun doute, que tu iras. » (7)
« Et cette conscience ultime se produit uniquement en conséquence des actes antérieurement accumulés ; donc, jusqu'à la mort, M'ayant présent à la mémoire, accomplis chaque jour les actes qui déterminent cette présence, actes inhérents à la caste ou au stade de vie – tel le combat pour le guerrier – ou aussi, actes rituels périodiques. Par ce moyen, la Conscience et le sens interne fixés sur Moi, à l'heure de la mort, n'ayant que Moi présent au Cœur, tu M'obtiendras de la manière même que tu désires. Sur ce point, il n'y a pas de doute. »
EXCELLENCE DE DIEU
(Bh. G. ix, 4-8)
Ce passage, comme c'est l'usage courant dont nous avons déjà rencontré des exemples, est entremêlé de façon presque inextricable de citations des Écritures. La glose de Râmânuja est imbriquée dans des fragments dont elle paraît souvent faire partie.
« Par Moi, sous Ma forme invisible, tout cet univers existe. Tous les êtres sont contenus en Moi, mais Je ne suis pas contenu en eux. » (4)
« Et (en fait) les êtres ne sont pas contenus en Moi ; vois ma puissance magique ; mon Soi supporte les êtres sans y être contenu ; il est l'origine des êtres. » (5)
« Cet univers, composé de conscient et d'inconscient, dit le Seigneur, est déployé par Moi, régisseur interne qui prend l'aspect de l'Involué, mais reste invisible en Mon essence propre. »
C'est dire qu'Il (le Seigneur) est le soutien de cet univers, pénétré par Lui, dont tout dépend ontologiquement. « De même qu'Il se tient sur la terre, ce Brahman intérieur que la terre ne connaît pas, qu'Il se tient dans le Soi individuel et que le Soi individuel ne le connaît pas, ainsi l'agent interne pénètre partout les catégories d'objets conscients ou non-conscients. »
« Donc tous les êtres résidant en Moi, dit le Seigneur, tous les êtres sont entrés en Moi, leur régisseur interne, dans ce Soi dont la terre est le corps, qui intérieurement soutient la terre dont les « Soi » individuels sont le corps, qui régit intérieurement le Soi individuel. Et parce qu'ils sont Mon corps, la maîtrise de cet équilibre atteinte, parce que Je possède cette maîtrise, J'ai la qualité de possesseur (çeshin). Et Je ne réside pas en eux – Je n'ai pas ma demeure en eux – et, demeurant en Moi, ils ne Me sont d'aucune aide. En fait, les êtres ne sont pas fixés en Moi ; Je ne les contient pas à la manière dont l'eau contient un banyan ou d'autres arbres.
Comment cela ? Par Ma volonté. Vois Mon pouvoir magique, regarde en tout Mon pouvoir merveilleux, inconcevable, inégalable, promoteur des êtres. Quel est ce pouvoir ? Mon Soi est le soutien des êtres mais ne réside pas dans les êtres, il en est l'origine ; c'est-à-dire que Je soutiens les êtres mais qu'aucun ne M'est utile. « Mon Soi seul est le promoteur des êtres », signifie que Ma volonté intelligente crée, supporte et régit tous les êtres. »
« Comme un grand vent omnipénétrant se glisse sans cesse dans l'espace, ainsi considère tous les êtres résidant en Moi.» (6)
Aussi, ceux qui connaissent les Écritures disent « Les nuages, les pulsions des océans, les phases de la lune, les élans du vent, les zébrures de la foudre, le mouvement du soleil aux rayons chaleureux apparaissent comme les sortilèges multiformes de Vishnu sans second. »
« Tous les êtres, qu'ils soient mobiles ou immobiles, sont miens, c'est-à-dire qu'ils composent Mon corps ; Ma Nature (prakriti) – désignée du terme de ténèbres – est irresponsable de la répartition des noms et formes. A la fin d'une période cosmique, c'est-à-dire à l'approche de la résorption en Vishnu aux quatre visages, par Ma volonté, ils disparaissent ; et ces mêmes êtres, au début d'une période cosmique, à nouveau Je les émets.
Comme le dit Manu « Cet être était ténèbres ; il médita (et tira) le monde de Son propre corps ». La Révélation Me désigne par ces mots « Celui dont l'Involué est le corps », et encore « L'Involué repose dans l'Impérissable, l'Impérissable dans les ténèbres et ces ténèbres, au début, étaient cachées par les ténèbres. »
« Ayant pris appui sur Ma Nature, J'émets périodiquement toute cette collectivité d'êtres, automatiquement, du fait du pouvoir de (cette) Nature. (8)
« C'est en prenant appui sur la Nature aux transformations diverses, et qui évolue selon huit formes, que J'émets périodiquement, de moment en moment, de manière automatique, la multitude des êtres de quatre espèces : dieux, animaux, hommes, et végétaux, par le pouvoir de cette Nature mienne, magicienne, faite d'attributs qualifiés (guna). »
ÉGALITÉ DE DIEU ENVERS TOUS
(Bh. G. Ix, 29-30)
Théorie également chère à Râmânuja et aux âlvâr : en présence d'un sentiment d'intense dévotion, toute inégalité disparaît.
« Je suis le même envers tous les êtres : nul ne M'est odieux, nul ne M'est cher. Mais ceux qui m'aiment d'amour dévotieux, ils sont en Moi et Moi en eux. » (29)
« Je suis le même, asile de tous les êtres, qu'ils revêtent la condition divine, animale, humaine ou végétale, ou qu'ils possèdent une forme supérieure ou inférieure selon leur espèce, leurs dispositions, leur nature propre ou leur savoir. Si l'on dit « Celui-ci est vil, du fait de sa naissance, ses dispositions, sa nature propre et son (peu de) savoir », lorsqu'il s'agit de lui donner refuge, il ne M'est pas odieux, on ne doit pas le rejeter avec répulsion. De même, si l'on dit « Celui- ci est extrêmement éminent du fait de sa naissance etc., et il est pourvu de biens en abondance », une telle déclaration en ce qui concerne Mon accueil ne Me le rend pas plus recevable. »
« Et même un grand criminel si, n'aimant rien d'autre, il M'aime, Moi, on doit le considérer uniquement comme un juste, car ses opinions sont droites. » (30)
« Partout, dans la diversité des espèces de vivants, agis selon ce qu'il convient de faire et ce qu'il faut éviter ; c'est pourquoi, même un pécheur voué à un seul amour, n'aimant que Moi, s'il M'aime, en vérité, c'est un Juste, un meilleur d'entre les vishnouites ; il faut le considérer, c'est-à-dire l'estimer hautement, comme on l'a dit ci-dessus. »
Comment cela ? En effet, il juge parfaitement puisque ses opinions sont correctes lorsqu'il dit « Le Seigneur qui est par nature cause de l'univers tout entier, le Suprême Brahman, Nârâyana, Maître des êtres mobiles et immobiles, mon propre Maître, mon précepteur, mon ami, ma suprême jouissance, est d'accès difficile à tous. » Voilà cette opinion sienne dont l'effet est un amour constant, dépourvu d'autre but ; c'est donc un Juste et on doit hautement l'estimer. Quand il a émis cette opinion et obtenu l'amour précité, si dans sa conduite on observe quelque transgression, il faut considérer que cela importe peu, qu'il n'en est pas moins respectable pour autant mais que, au contraire, on doit hautement l'estimer : tel est le sens.

RAMANUJA

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