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La Paix et la Sécurité véritables


 

Extrait d'un enregistrement de Mère, in L'Agenda, 27 mars 1963
 
Sri Aurobindo a promis la Perfection et pour y arriver, le premier point nécessaire, ce qu'il faut aux hommes maintenant, c'est la Sécurité.


Toutes les tendances mondiales qui se traduisent par «vouloir établir la paix» d'une façon ou d'une autre, c'est cela, c'est la Sécurité. Et ce dont j'ai l'expérience, c'est d'une super-sécurité, qui ne peut vraiment se trouver que dans l'union avec le Suprême – il n'y a rien-rien-rien au monde qui puisse vous donner la sécurité, excepté ça: l'union, l'identification avec le Suprême. Et c'est ce que je t'avais dit: tant que Sri Aurobindo était là, dans son corps, j'avais l'impression d'une Sécurité parfaite – extraordinaire, extraordinaire! que rien-rien-rien ne pouvait abîmer – rien. Et alors ce départ a été comme... comme un écrasement de cette expérience[1]. Et au fond, au point de vue suprême, c'était peut-être cela, la cause de son départ... Seulement, ça me paraît être une toute petite chose pour un très grand événement... Mais comme dans l'expérience, cette Sécurité s'établissait de plus en plus, de plus en plus, et qu'elle se répandait[2]... Il est probable que ce n'était pas le moment. Je ne sais pas. Comme je l'ai dit, ça me paraît être, au point de vue universel et everlasting (on ne peut pas dire éternel), everlasting [durable], c'est une petite cause pour un grand effet... Nous pouvons dire que c'était probablement une des causes qui ont nécessité son départ.

Par conséquent, d'après l'expérience de ces jours-ci, cette recherche de la Sécurité est seulement un premier pas vers la Perfection. Il est venu pour annoncer (j'ai écrit «promettre» volontairement), il est venu promettre la Perfection, mais entre cette promesse et la réalisation, il y a beaucoup de pas; et pour mon expérience, le premier pas, c'est cela: la recherche de la Sécurité. Et ça correspond assez bien à l'état d'esprit terrestre.



Les différents États légitiment cette folie destructive d'armement en disant que c'est un moyen d'empêcher la destruction, par la crainte – ça ne vaut rien. Comme argument, ça ne vaut rien, mais dans leur esprit, c'est ainsi. Et ça fait partie de cette même soif, ce même besoin de Sécurité: rien ne peut être fait que dans la paix, rien ne peut être trouvé que dans la paix, rien ne peut être réalisé que dans la paix – il nous faut la paix, individuellement, collectivement, terrestrement. Alors, faisons des objets de destruction épouvantables de façon que les hommes aient si peur que rien ne se passe – c'est enfantin! Mais enfin l'état d'esprit est là. Et c'est encore un de ces... en anglais on dit device, truc (ce n'est pas cela, parce que ce n'est pas un «truc», mais c'est un moyen – c'est entre truc et moyen) pour pousser la race humaine vers son but évolutif. Et pour cela, il faut attraper le Suprême: c'est un moyen d'attraper le Suprême. Parce qu'il n'y a rien – rien-rien-rien n'existe au point de vue Sécurité, que le Suprême. Si on EST le Suprême, c'est-à-dire la Conscience suprême, le Pouvoir suprême, l'Existence suprême, alors c'est la Sécurité – en dehors de ça, il n'y en a pas. Parce que tout est en perpétuel mouvement. Ce qui est à un de ces «moments du temps» dont parle Sri Aurobindo (le temps est une succession ininterrompue de «moments»), ce qui est à ce moment-là n'est plus le moment suivant, par conséquent aucune sécurité. C'est la même expérience, vue sous un autre angle, que celle du Bouddha disant qu'il n'y a rien de «permanent». Et au fond, les rishis avaient vu seulement sous l'angle de l'existence humaine, et c'est pour cela qu'ils voulaient l'Immortalité. Tout se rejoint[3].

 Mère,  27 mars 1963

[1]. Voir Agenda du 30 novembre 1962, tome III, p. 462 sqq.
[2]. Mère a complété et expliqué ce passage dans la conversation suivante.
[3]. Il existe un enregistrement de cette conversation. La suite n'a pas été conservée.