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Du siège de l’âme





 Giambattista Vico (1668 – 1744)

 DE L’ANTIQUE SAGESSE DE L’ITALIE 
RETROUVÉE DANS LES ORIGINES DE LA LANGUE LATINE.


CHAPITRE V

Animus et Anima.


§ II. — Du siège de l’âme.
L’ancienne philosophie italique plaça dans le cœur le siège et la demeure de l’âme. Car on disait vulgairement chez les Latins que la prudence est placée dans le cœur, que c’est dans le cœur qu’habitent les résolutions et les soins, que c’est du cœur que sort la pointe pénétrante de l’invention (acumen), e pectore acetum, pour dire comme Plaute. Remarquons aussi ces locutions, cor hominis, excors pour stupide, vecors pour l’homme en démence, socors pour esprit lent et paresseux, et au contraire, cordatus pour sage ; c’est de là que P. Scipion Nasica reçut le nom de Corculum, parce que l’oracle le déclara le plus sage des Romains. Serait-ce que l’école italique aurait admis avec toute l’antiquité que les nerfs prennent naissance dans le cœur ? et de plus, qu’il nous semble que nous pensons dans la tête, parce que dans la tête sont les organes de deux sens, dont l’un, je veux dire l’ouïe, est le plus disciplinable de tous, et l’autre est le plus actif. Mais l’opinion qui fait naître les nerfs dans le cœur a été trouvée fausse par l’anatomie moderne ; on a vu qu’ils se ramifient à partir du cerveau pour se distribuer dans tout le corps. Aussi les cartésiens placent l’âme comme en sentinelle dans la glande pinéale ; c’est là, suivant eux, que tous les mouvements du corps lui sont transmis par les nerfs, et que par ces mouvements elle aperçoit les objets. Cependant on a vu des hommes, après une extraction du cerveau, vivre, se mouvoir et bien user de leur raison. Il n’est pas non plus vraisemblable que l’âme ait pour siège celle de toutes les parties du corps où il y a le plus de mucus et le moins de sang, et qui est par conséquent paresseuse et engourdie. La mécanique nous enseigne que dans une horloge les roues que le moteur touche de plus près, sont les plus délicates et les plus mobiles ; dans les plantes le siège de la vie est dans la semence, et c’est de là qu’elle se répand par le tronc dans les branches, et par la souche dans les racines. Serait-ce que les philosophes de l’Italie auraient observé que le cœur est dans la génération des animaux la première partie qui apparaisse et qu’on voit battre, et dans la mort la dernière qu’abandonnent la chaleur et le mouvement ? Est-ce parce que c’est dans le cœur qu’est la plus ardente flamme de la vie ? est-ce parce que dans l’évanouissement, défaillance du cœur que nous appelons en italien svenimento di cuore, ils voyaient se suspendre non seulement le mouvement des nerfs, mais encore celui du sang, et disaient du malade animo deficere et animo male habere ? et qu’ils plaçaient dans le cœur le principe de l’anima ou de la vie, et aussi celui de l’animus ou de la raison ? est-ce parce que le sage est celui qui pense le vrai et veut la justice, qu’ils placèrent dans les affections l’animus, et dans l’animus le mens, l’intelligence, mens animi ? Certainement les deux foyers de toutes les émotions violentes de l’âme, ou des affections, sont l’appétit concupiscible et l’appétit irascible, et le sang paraît être le véhicule du premier, et la bile celui du second ; l’un et l’autre de ces liquides ont leur siège principal dans les viscères. Ils pensaient donc que le mens dépend de l’animus, parce que chacun pense selon qu’il est bien ou mal animatus ; car les sentiments diffèrent sur des sujets identiques selon la diversité des dispositions. Aussi se dépouiller de ses passions, c’est une préparation plus sûre encore pour la méditation du vrai que de se dépouiller de ses préjugés ; car vous ne détruirez jamais les préjugés tant que la passion restera ; mais si la passion est éteinte, le masque que nous avions mis sur les objets tombe de lui-même, et les choses restent ce qu’elles sont.