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L'examen de Socrate






Dans cet extrait de Platon sur l'Apologie,  le message de Socrate s'adresse à tous les citoyens du monde, de tout temps. La portée universelle de ce qu'il met en mouvement chez chacun dans la rencontre et l'observation minutieuse engendre l'altérité, celle-ci n'a de réalité que dans la réciprocité qu'elle génère. Le génie de Socrate se manifeste par l'émergence d'un espace commun qui est l'être. Socrate questionne l'être, Socrate révèle l'être, Socrate ré-interroge l'être. Socrate fait réfléchir l'être sur lui même et par lui-même. Est-ce la simplicité désinvolte avec laquelle Socrate révèle naturellement l'être dans sa vérité, qui l'a mené à être condamné à Mort ? Conduisant ainsi les individus à être libre, à s'affranchir de leurs identifications erronées, à retrouver leur souveraineté, il dérange l'ordre social établit, amène chacun à  se gouverner lui-même en nous révélant qui nous sommes, effritant l'obéissance et l'allégeance à l'injonction des objectifs fixés par l'ensemble de la société. 
Sylvère

« C'est que le vrai principe, Athéniens, le voici. Quiconque occupe un poste — qu'il l'ait choisi lui-même comme le plus honorable, ou qu'il y ait été placé par un chef — a pour devoir, selon moi, d'y demeurer ferme, quel qu'en soit le risque, sans tenir compte ni de la mort possible, ni d'aucun danger, plutôt que de sacrifier l'honneur.
En agissant autrement, Athéniens, j'aurais donc été très coupable. Comment ! lorsque les chefs élus par vous m'assi­gnaient un poste, à Potidée, à Amphipolis, à Délion, je restais aussi ferme que pas un à l'endroit désigné, en risquant la mort ; et quand un dieu m'avait assigné pour tâche, comme je le croyais, comme je l'avais admis, de vivre en philoso­phant, en scrutant et moi-même et les autres, moi, par peur de la mort, ou par une crainte quelconque, j'aurais déserté ! Ah ! c'est bien là ce qui eût été mal, et c'est alors qu'on m'aurait justement traduit en justice et accusé de ne pas croire aux dieux, puisque j'aurais désobéi à l'oracle de peur de mourir, croyant savoir ce que je ne savais pas !
... Admettons que, malgré cela, vous me teniez ce langage « Socrate, nous ne voulons pas en croire Anytos ; nous allons « t'acquitter, à une condition toutefois : c'est que tu ne passeras « plus ton temps à examiner ainsi les gens ni à philosopher. « Si on t'y reprend, tu mourras. » Cette condition-là, juges, si pour m'acquitter vous vouliez me l'imposer, je vous dirais : « Athéniens, je vous sais gré et je vous aime ; mais j'obéirai au dieu plutôt qu'à vous ; et, tant que j'aurai un souffle de vie, tant que j'en serai capable, soyez sûrs que je ne cesserai pas de philosopher, de vous exhorter, de faire la leçon à qui de vous je rencontrerai. Et je lui dirai comme j'ai coutume de le faire : « Quoi ! cher ami, tu es Athénien, citoyen d'une ville qui est plus grande, plus renommée qu'aucune autre pour sa science et sa puissance, et tu ne rougis pas de donner tes soins à ta fortune, pour l'accroître le plus possible, ainsi qu'à ta réputation et à tes honneurs ; mais quant à ta raison, quant à la vérité, quant à ton âme, qu'il s'agirait d'améliorer sans cesse, tu ne t'en soucies pas, tu n'y songes pas ! »
Et si quelqu'un de vous conteste, s'il affirme qu'il en a soin, ne croyez pas que je vais le lâcher et m'en aller immé­diatement ; je l'interrogerai, je l'examinerai, je discuterai à fond. Alors, s'il me paraît certain qu'il ne possède pas la vertu, quoi qu'il en dise, je lui reprocherai d'attacher si peu de prix à ce qui en a le plus, tant de valeur à ce qui en a le moins. Jeune ou vieux, quel que soit celui que j'aurai rencontré, étranger ou concitoyen, c'est ainsi que j'agirai avec lui ; et surtout avec vous, mes concitoyens, puisque vous me tenez de plus près par le sang. Car c'est là ce que m'ordonne le dieu, entendez-le bien ; et, de mon côté, je pense que jamais rien de plus avantageux n'est échu à la cité que mon zèle à exécuter cet ordre.
Ma seule affaire, c'est en effet d'aller par les rues pour vous persuader, jeunes et vieux, de ne vous préoccuper" ni de votre corps ni de votre fortune aussi passionnément que de votre âme, pour la rendre aussi bonne que possible ; oui, ma tâche est de vous dire que la fortune ne fait pas la vertu, mais que de la vertu provient la fortune et tout ce qui est avantageux, soit aux particuliers, soit à l'État. Si c'est par ce langage que je corromps les jeunes gens, il faut donc que cela soit nuisible. Quant à prétendre que ce n'est pas là ce que je dis, quiconque l'affirme ne dit rien qui vaille.
Là-dessus, dirais-je, croyez Anytos ou ne le croyez pas, Athéniens, acquittez-moi ou ne m'acquittez pas ; mais tenez pour certain que je ne changerai jamais de conduite, quand je devrais mille fois m'exposer à la mort. »
PLATON, Apologie, 28 d - 29 a, 29 c - 30 c. (Trad. Croisez, Coll. Les Belles Lettres, Éd. Budé.)