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La création de ce site part du constat que chaque chercheur sur le chemin de l'évolution spirituelle est un trouveur potentiel ou effectif, pouvant dans un partage sincère de ses expériences, accomplir des ouvertures pour d'autres consciences en développement... Lire la suite

04/02/2020

LE RAGNARÖK




 L'ombre s'étendra sur la Valhall et les dieux mourront...
(EDDA)

Par delà le Spitzberg, par delà la Norvège,
Par delà la Finlande où, blanche, sur les monts 
S'étend lugubrement l'âpre couche de neige, 
Par delà les fiords noirs où le vol des démons 
Balance dans la nuit son funèbre cortège ; 

Par delà les pays où, six mois, le soleil 
Reste froid, engourdi dans le profond des ondes, 
Plus loin que le malstrom où le reflet vermeil 
De l'aurore dessine en ses guirlandes blondes 
La profondeur du gouffre horrible, sans pareil ; 

Plus loin que le sommet d'où coulent les lumières, 
Plus loin que l'océan qui gémit, tourmenté,
Plus loin que le tombeau des banquises polaires 
Qui gardent le Bifrost durant l'éternité 
Et dont l'aspect de loin est celui des suaires ; 

Derrière le mur froid qu'un éternel tourment 
Fait ballotter toujours de la vague à la dune, 
Au pied duquel la mer pleure éternellement, 
Tandis que les ours blancs qui regardent la lune, 
Portés par les glaçons, hurlent horriblement ; 

Derrière ce rempart est une immense ville, 
Dont le front est de marbre et le pied de granit, 
C'est là que sont assis sur leurs sièges d'argile 
Les Ases, dégustant la coupe que jaunit 
Le flot de la cervoise où l'ivresse rutile.

Mais un jour brillera, jour de sombre fureur, 
Où, sur les flots mousseux qui fouettent son rivage 
Asgard frémira, pâle, et pleine de terreur, 
Gémira vers le ciel son hurlement sauvage, 
Comme un supplicié râlant et qui se meurt ! 

Car le vengeur viendra : ferme et fière, l'Idée 
Traversera les flots, pareille à l'ouragan, 
Et les murs du Valhall n'auront qu'une coudée 
Pour son bras, elle ira sans cesse prodiguant 
Ses coups qui tomberont comme tombe l'ondée...

Alors le loup Fénris jettera sans repos 
Ses cris effarouchés à travers le murmure 
Des flots de l'océan qui, tels que des tombeaux, 
Serviront de linceul à toute créature ; 
Et les êtres fuiront, effarés, par troupeaux. 

Et le chêne Ygdrasil, jusque dans ses racines, 
Gémira sourdement. Odin se dressera.
Son front se ridera, ses farouches narines 
Aspireront la mort, l'univers frémira 
Jusque dans la caverne où sont les Walkirines ; 

Les dieux s'assembleront dans le milieu d'Asgard, 
Sombres, sentant la fin de leurs apothéoses, 
Et le front sera triste et l'œil sera hagard, 
Et tous regarderont venir la fin des choses, 
La condamnation sera dans leur regard. 

Les héros cesseront la lutte commencée 
Et, muets, fixeront les dieux aux fronts pâlis ; 
Iduna couvrira sa poitrine rosée 
De larmes de douleur, et les cieux recueillis 
Croiront voir sur des lis descendre la rosée. 

Alors viendra l'Idée, ayant le glaive en main ! 
Les Ases, effrayés, trembleront devant elle, 
Des astres orneront son front pur, surhumain, 
Et sa voix leur dira : « Je suis l'ère nouvelle 
Moi je nais aujourd'hui, vous périrez demain ! »

Alors de tous côtés des murmures sans nombre, 
Des chants mystérieux, monteront dans la nuit, 
Chants du cygne mourant ; comme une grêle sombre 
Les feuilles d'Ygdrasil s'abattront sans nul bruit, 
L'aurore boréale apparaîtra dans l'ombre ; 

Tout ne sera que pleurs et que gémissements 
Mêlés en un seul cri sous les firmaments mornes, 
L'ombre s'étendra sur les éblouissements, 
Et les corbeaux d'Odin et les serpents des Nornes 
Lanceront vers le ciel de rauques sifflements,

Et les dieux pleureront leur grandeur consommée, 
Les soleils pâliront sur leurs fronts chevelus, 
Le néant s'ouvrira dans la nuit embrumée, 
Ils trembleront de peur et ne seront pas plus 
Que n'est dans l'ouragan la fragile fumée ! 

Car l'éclat du Valhall, tout d'abord radieux, 
Descendra par degrés à la nuit sépulcrale ; 
Tout deviendra brouillard, brouillard mystérieux, 
Et Fênris pleurera longtemps dans la rafale
 Ô coucher sans réveil ! crépuscule des dieux !.

Emile BIRMÂNN, 
Le Parnasse, Mars 1880