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19/12/2020

La philosophie à l'époque tragique des Grecs

 

[Dessins anonymes d'emblèmes et de philosophes d'après des gravures de Vico Enéa ou de Jacques Androuet du Cerceau
[Figure 8 Cèbès assis à terre, et jouant aux dés avec des enfants. On remarque à gauche plusieurs personnes qui surprennent le philosophe dans cette situation. On lit au milieu d'en haut CEBETE PHILOSOPHO - Dessins anonymes d'emblèmes et de philosophes d'après des gravures de Vico Enéa ou de Jacques Androuet du Cerceau.] Cebete le Thébain, Cébès de Thèbes, est un philosophe grec de la fin du Ve siècle et du début du IVe siècle av. J.-C. Originaire de Thèbes, Cébès est d'abord, dans sa patrie, disciple du pythagoricien Philolaos, tout comme son compatriote Simmias. Les deux amis se rendent ensuite à Athènes et se lient à Socrate.Cébès est l'un des principaux interlocuteurs de Socrate dans le Phédon de Platon.  Sa philosophie est une réflexion sur la réalité de l’immortalité de l'âme et il est l' auteur d'un ouvrage le Tableau qui est une allégorie des destinées de l’âme humaine.

      Sans doute s'est-on efforcé de montrer à quel point les Grecs ont pu découvrir et apprendre chez leurs voisins orientaux, et à quel point ce qu'ils en ont effectivement rapporté était varié. Ce fut en effet un curieux spectacle lorsqu'on mit côte à côte les prétendus maîtres orientaux et leurs disciples grecs supposés, et qu'on mit récemment en regard Zoroastre et Héraclite, les Hindous et les Eléates, les Égyptiens et Empédocle, allant même jusqu'à ranger Anaxagore parmi les Juifs et Pythagore parmi les Chinois. On en a tiré peu de chose dans le détail. Mais nous nous laisserions bien séduire par cette idée dans son ensemble pourvu qu'on ne nous impose pas d'en tirer comme conséquence que la philosophie aurait donc été purement et simplement importée en Grèce, et qu'elle ne serait pas née du vrai sol national, voire qu'elle aurait, en tant que corps étranger, bien plus ruiné que stimulé les Grecs. Rien n'est plus absurde que d'attribuer aux Grecs une culture autochtone : ils se sont au contraire entièrement assimilé la culture vivante d'autres peuples. Et s'ils ont été si loin, c'est précisément parce qu'ils ont su, pour le lancer plus loin, ramasser le javelot où un autre peuple l'avait abandonné. Ils sont admirables dans l'art d'apprendre avec profit, et, comme eux, nous devrions apprendre de nos voisins en mettant le savoir acquis au service de la vie, en tant que support, et non pas au service de la connaissance érudite d'où l'on s'élancerait pour aller toujours plus haut que le voisin. Les questions qui touchent aux origines de la philosophie sont parfaitement indifférentes, parce qu'à l'origine la barbarie, l'informe, le vide et la laideur régnent partout, et qu'en toutes choses seuls importent les degrés supérieurs. Celui qui, au lieu de philosophie grecque, préfère s adonner aux philosophies égyptienne et perse sous prétexte qu'elles seraient « plus originelles » et parce que de toute façon elles sont plus anciennes, procède de façon tout aussi irréfléchie que ceux qui n'ont de cesse qu'ils n'aient ramené la mythologie grecque si splendide et si profonde à des banalités qui relèvent de la physique, au soleil, à la foudre, à l'orage et au brouillard considérés alors comme son origine première. Sont tout aussi irréfléchis ceux qui s'imaginent avoir retrouvé par exemple dans l'adoration bornée d'une unique voûte céleste chez les braves Indo-Européens une forme de religion plus pure que ne l'aurait été le polythéisme des Grecs. Le chemin qui remonte aux origines mène partout à la barbarie; et qui se consacre aux Grecs doit toujours avoir présent à 1'esprit que l'instinct de connaissance déchaîné conduit de lui-même et en tous temps, comme la haine du savoir, à la barbarie, et que les Grecs ont maîtrisé leur instinct de connaissance en lui-même insatiable grâce au respect qu'ils avaient pour la vie, grâce à leur exemplaire besoin de la vie... car ce qu'ils apprenaient, ils voulaient tout aussitôt le vivre. C'est aussi en tant qu'hommes civilisés et aux fins de la civilisation que les Grecs ont philosophé. C'est pourquoi ils se sont épargné de réinventer les éléments de la philosophie et de la science, sous l'impulsion d'une quelconque vanité chauvine. Ils ont au contraire tout de suite commencé à compléter ces éléments reçus, à les accroître, à les rendre plus élevés et à les épurer de telle sorte qu'eux-mêmes sont devenus des inventeurs mais seulement en un sens plus élevé et dans une sphère plus pure. Ils ont en effet inventé les grands types de l'esprit philosophique, et la postérité tout entière n'a plus rien inventé d'essentiel qui puisse y être ajouté.

 

Friedrich Nietzsche ,

La philosophie à l'époque tragique des Grecs , 1.