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06/06/2021

SRI RAMAKRISHNA ET LES SEPT VALLÉES DE LA MÉDITATION

 

                                                                                  Victoire à toi, Sri Râmakrishna !



 

Râmakrishna exprimait la même conscience lorsqu'il parlait de Celui qui était Râma et qui était Krishna comme étant en lui.

Sri Aurobindo, (Lettres III, 482 sq)





N'ayant rien écrit,  Ramakrishna a prodigué un enseignement oral et ses paroles ont été transcrites par plusieurs de ses disciples et biographes.

 

Sri Aurobindo écrivit dans ses Lettres sur le Yoga « (...) Ramakrishna n'était ni instruit ni intellectuel, et pourtant sa façon d'exprimer la connaissance était si parfaite que les plus grands intellects se sont inclinés devant elle » (Lettres III, 96)

 

Son enseignement et sa vie relatés dans de nombreux écrits laisse entrevoir l'Himalaya de conscience et de réalisation accomplit par cette immense âme. Considéré comme un Avatar dès les signes précurseurs reçus par son père Khudiram puis de sa mère Chandra avant sa naissance, Sri Ramakrishna était la dernière et la plus grande d'une longue suite d'incarnations divines sur Terre préparant l'accomplissement du Divin en l'être humain pour l'idéal d'une Vie Divine à venir. « Certainement Râmakrishna était tout autant un Avatar que le Christ ou Chaïtanya.» confirma Sri Aurobindo (Lettres III, 483). 

 

Râmakrishna l'avant veille de sa mort dira à son disciple Naren, futur Vivekananda : « Celui qui naquit une fois sous la forme de Râma, puis naquit à nouveau sous la forme de Krishna, celui-là vit à présent sous la forme de Râmakrishna, en ce corps là - mais pas dans le sens védantique. » C'est à dire dans le sens du divin avec forme, manifesté en tant que personnalité divine Râma et Krishna en cette présence incarnée qu'est Râmakrishna.  De son vivant Râmakrishna a enseigné sa réalisation du Divin en tant qu’absolu sans forme mais aussi en tant que Divin personnel avec forme.

 

Tandis que d'autres ressentaient Dieu sous un aspect unique ou limité, Sri Ramakrishna le sentait dans son unité illimitée comme la somme d'une variété illimitée. En lui, les expériences spirituelles des millions de saints qui l'avaient précédé se sont renouvelées et unies. Romain Rolland qu'il l'a fait connaitre à l'occident par sa biographie "La vie de Ramakrishna" en 1956, voyait dans son enseignement « Le couronnement de trois mille ans de la vie intérieure d’un peuple de trois cents millions d’habitants » (à l'époque).

 

Sri Ramakrishna a été l'avènement de l'ère spirituelle moderne en Inde, qui s'est intensifiée et diffusée dans le monde à partir du vingtième siècle. Une nouvelle ère date de sa naissance, une ère dans laquelle les peuples de la terre seront élevés pour un temps en communion avec Dieu et la spiritualité universelle et unifiée en Dieu quelque soit les voies, religions, traditions, deviendra la note dominante de la vie spirituelle. Telle a été la mission de l'avatar Ramakrishna: montrer par l'expérience spirituelle l'unité de toutes les voies et religions menant au Divin.

 

Jean Herbert, disciple de Sri Aurobindo , dans L'Enseignement de Râmakrishna relate les propos de Sri Aurobindo à propos de cette grande Âme : « Ce n’est pas avant cinq siècles au moins que le monde sera prêt à recevoir un autre Râmakrishna Paramahamsa. Il faut nous hâter de transformer en expérience la masse de pensées qu’il nous a léguées et de convertir en réalisation l’énergie spirituelle qu’il a lancée. Tant que nous ne l’aurons pas fait, de quel droit demanderions-nous davantage ? ».

 

Dans La synthèse des Yogas (Tome I, La voie des œuvres, p.44), Sri Aurobindo développe son point de vue : 

« La vie de Râmakrishna Paramahansa nous offre ainsi l'exemple unique et récent d'une capacité spirituelle colos­sale qui d'abord se précipite tout droit sur la réalisation divine et prend de force, pour ainsi dire, le royaume du ciel, puis s'empare des méthodes yoguiques l'une après l'autre et en extrait la substance avec une incroyable rapidité, mais toujours pour retourner au cœur de la chose, à la réalisation et à la possession de Dieu par le pouvoir de l'amour, par l'extension d'une spiritualité innée à des expériences variées et par le jeu spontané d'une connaissance intuitive. Pareil exemple ne peut se généraliser. Son objet aussi était spécial et temporaire ; il démontrait, par la grande et décisive expérience d'une âme maîtresse, une vérité maintenant très nécessaire à l'humanité et vers laquelle ce monde longtemps divisé en sectes et en écoles discordantes s'achemine avec peine, à savoir que toutes les sectes sont des formes et des fragments d'une unique vérité intégrale, et que toutes les disciplines tendent par des voies différentes à la même expérience suprême. Connaître, être et posséder le Divin, est la seule chose nécessaire, et ceci inclut tout le reste ou y conduit ; vers ce seul bien unique nous devons faire route, et ceci atteint, tout le reste, tout ce que la Volonté divine choisit pour nous, toutes les formes et toutes les manifestations nécessaires, viendront par surcroît. »

 

 

LES SEPT VALLÉES DE LA MÉDITATION extrait de : The Face of silence (p.153 et suivantes) de D. G. Mukerji,  expose la parole de Ramakrishna et montre les étapes qu'il a dû franchir et par lesquels tout chercheur spirituel passe au cours de la sadhana. On y voit les différents étapes de ses sadhanas, notamment sa sadhana tantrique de 1861 à 1863 dont il donne un aperçu dans la seconde vallée , où il décrit les épreuves qu'il a dû traverser, puisqu'il « reconnut franchement avoir subi un accès de concupiscence » comme le relate Cristopher Isherwood dans sa biographie "Ramakrishna une âme réalisée" (p. 113) :

 

 « De tels assauts, expliqua-t-il sont causés par l'orgueil. Si vous vous dites : "j'ai vaincu la luxure", celle-ci fondra aussitôt sur vous ». Ramakrishna, précise Isherwood, « conseillait donc d'accepter l'existence de la concupiscence sans éprouver ni honte ni culpabilité.» Il ajoute « que nous devrions prier pour que ces préoccupations soient passagères et ne pas y accorder plus d'importance qu'à toute manifestation corporelle. Si nous nous tourmentons au sujet de nos pensées concupiscentes, nus ne ferons que renforcer leur empire sur nous. Il est préférable d'admettre qu'elles existent et nous visitent de temps à autre ; en cette vie, sans la grâce de Dieu, nul ne peut en être absolument délivré. »

 

Dans  les Entretiens avec Sri Aurobindo de Nirodbaran nous avons un éclairage à ce sujet:

Nirod: Prenez l'exemple de Ramakrishna. Nous n'avons jamais entendu parler d'impulsion sexuelle à son sujet .

Sri Aurobindo: On ne vous a jamais dit qu'il priait la Mère de lui épargner l'impulsion sexuelle? Il lui a dit qu'il se suiciderait si cela se produisait.

Nirod: Mais ça, c'était au début.
Sri Aurobindo: Oui, mais la Mère ou la Force cosmique a cessé de lui envoyer le kâma [désir]

Nirod:  Vous voulez dire que c'était dans son subconscient ?
Sri Aurobindo: Oui, bien sûr. Si le désir avait surgit, il l'aurait rejeté.

Nirod: Alors s'il est possible de le rejeter, pourquoi se faire tant de soucis pour la transformation?
Sri Aurobindo: Râmakrishna, c'est Râmakrishna. Je m'en soucie parce que tout le monde n'est pas Râmakrishna. Ne vous a-t-on jamais parlé de tous les yogis et de tous les rishis que ces impulsions ont forcés à abandonner le chemin?

(...)

 

 

La Première des Sept Vallées

« ...Je priai des jours, des semaines, des mois... A la fin, mon esprit s'élança par-dessus la berge de ce monde dans les eaux de la Première des Sept Vallées. Une lumière inconnue, comme un autre soleil, brillait sur tout ce que j'apercevais. Toutes les choses de la terre sur lesquelles je portais mes regards étaient revêtues de Beauté. Par­tout où je jetais les yeux, Beauté et Spiritualité bondissaient hors de la matière, comme des tigres de leurs tanières. La vue de tant de merveilles me remplit d'appétits formidables. — « Possède ! Possède ! » me criaient-ils... Je fus saisi du désir violent de goûter, de palper toute la beauté qui était autour de moi... A ce moment, un autre cri s'éleva en moi : « Prends garde ! Prends garde à la sinistre tentation de cette Vallée !... »

« J'avivai ma méditation. Je priai ardemment, pour être libéré du piège de cette Vallée. Au bout de quelques mois, le monde des sens ne me tenta plus. Lentement, la première Vallée tomba de ma conscience, comme la carcasse de la proie tombe des serres de l'aigle...

 

La Seconde Vallées

« J'entrai dans la Seconde Vallée. Là, je n'étais plu agrippé, jusqu'à l'obsession, par la beauté matérielle du ce que je voyais. La lumière qui enveloppait le monde- maintenant était plus raffinée, subtile et apaisante. Je m'y sentais heureux. Des fragments de belles formes, de belles nuances, de beaux sons, me poursuivaient doucement. Je conçus le projet de relâcher ma méditation et de demeurer là. Mais, alors, je fus tenté de créer de la Vie... Le Sexe... Dans la sublime lueur de cette Seconde Vallée, il porte l'apparence de la béatitude et de la puissance. Mais l'âme doit résister à cette tentation. Ma conscience s'appliqua à repousser l'assaut de cette beauté... Le feu de l'Illumination brûlait à peine, d'abord. Peu à peu, il prit plus d'éclat. En quelques jours, ce furent comme des glaives de lumière. Et ces flammes, dévorantes consumèrent la Seconde Vallée...

 

La Troisième Vallée

« Ainsi, j'atteignis la troisième étape. Dans cette Troisième Vallée, le sentiment de puissance que je venais. d'éprouver dans la seconde fut centuplé. Il me semblait que j'aurais pu prendre le soleil entre les paumes de mes mains et le broyer en une poignée de cendres brûlantes. Il faut résister à cette tentation : elle n'est qu'une épreuve du caractère. Nulle tentation n'est plus vile que ce sentiment de puissance... Je soufflai sur le feu de ma méditation... Comme les mâchoires d'une vipère, cette obsession me tenait. Mais mon âme ne voulait pas ,y succomber. Je m'élevai plus haut, plus haut, sur les ailes de la méditation... Et le serpent ouvrit la gueule et se détacha de mon flanc.

 

La Quatrième Vallée

« Alors, tel un éléphant renversant une barrière, je me ruai dans la Quatrième Vallée, — la Lumière du cœur de Dieu... Comme si mon âme était une torche allumée à sa flamme, la lumière ruisselait d'elle sur toutes choses. Les pierres et les étoiles chantaient, avec la même ardeur, le cantique de l'Ineffable. Dans cette Quatrième Vallée, je me sentais à peu près à l'abri de la tentation. pourtant, je m'observai soigneusement. Je décidai de ne pas m'y attarder... Suivit une longue période de jeûnes, de prière et de méditation...

 

La Cinquième Vallée 

« Je n'eus pas longtemps à attendre. La lumière de mon coeur s'étendit. Elle projeta, en un vaste cercle, comme un réseau de soleil... Et voici que j'avais atteint la Vallée de l'Expression ! Mes sentiments et mes pensées, chaque cellule de mon être, chacune de ses pulsations, étaient illuminés. Par mon gosier se déversaient des paroles d'émerveillement et de bénédiction. Je ne cessais de louer le Seigneur. Et si quelqu'un parlait de plaisir et de possession, ses paroles me frappaient comme des verges. C'en fut au point qu'un de mes parents venant me consulter pour affaires de famille, je me sauvai et me cachai dans le bosquet du Panchavati. Les amis qui cherchaient à me saisir me paraissaient comme un puits, où j'étais tiré par les pieds. Je suffoquais, au fond du trou sombre... Je ne pouvais trouver la paix qu'en les quittant. Bref, cette Vallée n'est pas pleine de tolérance et d'amour pour tous. On doit la dépasser.

 

La Sixième Vallée

«... Je me lançai dans des méditations plus ardues... J'étais comme un tigre prêt à bondir, dans mes prières... Soudain, je perçus une forme devant moi. Je m'élançai... D'un saut, j'étais dans la Sixième Vallée, celle de Turiya. Là, j'étais tout près du Bien-Aimé. Je pouvais le voir et l'entendre dans la chambre à côté. Seule une mince paroi transparente séparait - l'âme du Soi... Enfin, je savais que j'étais entré dans la Maison de l'Unité...

 

La Septième et Ultime Vallée

De la Sixième Vallée, il n'est pas difficile de passer dans la Septième. Là, nulle parole n'a accès, ni le babillage de la pensée  humaine. Seule, l'âme vêtue de Silence peut lever le voile qui Le sépare — Lui ! — de l'embrassement... »