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PRAPATTI, LA CONSÉCRATION DE SOI



NAMALVAR
Prenons en considération la pensée de RAMANUJA (cf:RAMANUJAcomme allant plus loin que la bhakti à proprement dite puisque pour lui l’ultime dévotion est la Prapana , qui est le statut de la relation au divin qui découle de la Prapatti (abandon, consécration totale sans effort au divin, la Prapatti va au-delà de la relation consciente innée et éternelle à Dieu. C’est une dédication de soi). Nous entrevoyons là l’idée d’abandon sous jacente à la proposition : « Le salut dépend uniquement du fait de ne pas le refuser ». Quel est ce fait ? Ce fait, c’est celui de donner son plein accord à accepter tout ce qui est, est tout ce que je suis comme étant la totalité, la Réalité Absolue. Il y a cette idée de ne pas faire d’effort pour atteindre quelque chose, pour tendre vers, mais de se laisser être entièrement dévoué (voué, même) à une volonté qui nous dépasse et qui meut tout ce monde, nous-même, l’univers et tout ce qui s’y produit indépendamment de notre volonté. Car selon Ramanuja la relation de Dieu au monde s’exprime par trois relations: 

Saririn-sarira : Dieu anime le monde comme son corps
Niyantr-niyamya : il guide les êtres et les faits agir selon sa volonté
Sesin-sesa : il les utilise pour ses propres fins, comme instruments de ses désirs.

Nous aboutissons donc au fondement de la pensée métaphysique de RAMANUJA qui est de ne pas considérer la réalité ultime comme étant séparée du monde manifesté, comme l’ont fait les advaitins avec le monisme exclusif prôné par Shankara. Et que non seulement il y a ce mouvement que la Réalité transcendante habite la manifestation et la meut, mais qu’il y a aussi ce double mouvement d’une Réalité Suprême qui peut se manifester en une personnalité humaine par laquelle, en nous y abandonnant, en nous y reliant, en l'invocant même nous pouvons aussi atteindre à cette libération ; et qui peut se manifester aussi par les formes inhérente à la manifestation et plus particulièrement par les formes représentatives des êtres incarnant cette Réalité Ultime ; depuis l’être humain libéré jusqu’à l’avatar en passant par les nombreuses figures représentant les déités émanant de la Personne Suprême (Brahman). Sans rentrer dans de la théologie -quoique la théologie devrait avoir ce sens de mieux nous aider à décrypter les modalités de la découverte de notre vraie nature- le courant métaphysique révélé par RAMANUJA passe par la dévotion à Vishnu puisque c’est de par lui, de par l’énergie d’un aspect de l’absolu qu’il représente, que les descentes de la réalité suprême ont lieux sur terre par l’entremisse des avatars. Krishna en étant l’exemple le plus connu. C’est aussi en corrélation avec cette perception de l’absolu comme participant et mouvant le monde et ses êtres que la branche Vadagalai de l’école Vishistadvaita, représentée par Ramanuja et son successeur Vedanta Desika, accorde une place prépondérante à la Shakti. La shakti bien évidemment traduit par la déesse dans les textes, mais au-delà de cette dénomination c’est l’aspect énergie de la Réalité dont il est question ici.
Lakshmi (Sri, la déesse, Shakti) et Baghavan sont la forme unique. Ainsi dans le Mantra de Mahalakshmi, Narayana est invoqué sous le nom de Sriman. 

Donc d’une part nous avons la prapati qui est un abandon inconditionnel à la Réalité Suprême, au Tout, au Brahman, d’autre part nous avons la reconnaissance de cet Absolu dont le corps est le monde manifesté et ses êtres, et ensuite nous avons la place prépondérante de la shakti qui est le pôle énergie de la réalité (l’autre étant le pôle conscience, dénommée Shiva en terme hindouiste). Bien que le courant Vadagalai du Vishistadvaita accorde une place aux rites et aux mantras, notamment dans le système du LakshmiTantra qui leur est propre, il ne s’agit pas d’avoir une attitude ritualiste pour faire des actions propiatoires aux divinités etc. afin d’obtenir le salut, mais de s’en servir comme support d’affirmation de la dédication de soi au suprême et d’y inclure ce mouvement d’abandon de soi et de toutes structures et systèmes auxquels nous nous raccrochons pour sa conquête. 
Car à quoi bon passer par une technique ou une forme particulière puisque tout est Lui ? Mais pour ne pas évincer les possibilités de conquête du Soi libérateur offert au chercheur, le Vishistadvaita inclus donc aussi les formes de la manifestation pour accéder au divin. Cependant, afin de se garder d’une attitude naivement béate envers Ses formes que sont le plus souvent les divinités représentées dans les temples sous l’apparence de statues -mais aussi par n’importe quel élément de la manifestation comme nous allons le voir ultérieurement- nous devons prendre en considération la prédominance de l’aspect Shakti dans l’école du Vishistadvaita. Que cela veut-il dire ?
Et bien puisque le monde n’est pas une illusion du fait que l’Absolu non seulement s’y reflète mais l’habite et le meut aussi, alors l’école Vadagalai tient compte de l’énergie par laquelle l’Absolu créé la manifestation et c’est par le contact avec cette énergie que le chemin s’ouvre aussi pour accéder à la Conscience. C’est le propre des pratiques tantriques et c’est pour cela que le Vishistadvaita se sert du LakshmiTantra dont le mantra est le dvayamantra :
dyayamarthanusandhanena saha sadaivam vakta yavaccharirapatam atraiva srirange sukham asva sakalam kalam dyayena ksipan.

Le LakshmiTantra décrit la Prapana  selon les étapes suivantes :
1)    astaksara : mantra aux huits milles syllabes : Om namo narayanaya (mula mantramantra de base).
2)    Dya° : srimannarayanacaranau saranam prapadye srimate narayanaya namah
3)    Cramasloka

La Prapatti découle de la Prapana.
Selon les textes et les auteurs, la Prapatti est utilisée soit comme un développement et un accomplissement de la Bhakti , soit comme un substitut de la Bhakti  ; la Prapatti prend alors différentes formes selon l’utilisation assignée (Sadvaraka Prapatti, Anga Prapatti, Advaraka Prapatti, Angi Prapatti). La Prapatti étant toutefois considérée comme absolument essentielle pour la Bhakti yoga et que sans la Prapatti il est impossible de rendre efficace la Bhakti yoga. Dans sa Gita Bhasya, Vedanta Desika analyse le Saranagati Gadyam qui explique chaque mot du Dvaya mantra, Mulamantra et Crama Sloka. Prapatti n’est pas employé ici comme un développement et accomplissement de la Bhakti mais comme une aide pour atteindre la libération (Moksha) directement.

Dans le contexte de son époque la Prappatti est considérée comme une nouvelle voie , la voie de l'abandon. Cette voie de la dévotion qui s'inclue dans le vishnouisme comporte deux approches:  au sud l'école Tengalai (murjara-école du chat) représenté par Pillai Lokacarya (Tamoule), au nord , l'école Vadagalai (murkata-école du singe) représenté par Vedanta Desika (Sanskrit).

Une des grandes originalités de cette approche consiste dans le fait que l'aspirant "renonce aux upaya (moyens) qui sont des apaya (obstacles) et même des péchés, dans la mesure où ils sont un manque de foi en la grâce du Seigneur, le seul Moyen, le Moyen Réalisé, siddopaya.
Dans l'état du prapanna, celui qui fait "l'acte de prapatti", la prapadana, est un statut déterminé et définitif, un état de consécration qui introduit dans une nouvelle relation avec Dieu, relation plus sûre que la relation de bhakti elle-même, car la bhakti, la dévotion, se cultive avec effort, elle est un yoga, bhakti yoga."
Donc,
"le prapanna est celui qui est découragé par de tels efforts et qui se sent indignent d'eux. Son recours est qu'il se présente à dieu comme tel, akincana "bon à rien", annyagati "sans autre issue", karpanya "digne de pitié", misérable, et qu'il ne cherche pas à sortir de cet état.
Par conséquent la voie de la prapatti est dite à la fois facile et difficile: elle engage en effet tout l'être et toute la vie, elle est une dédication sérieuse et sans retour de soi."
Comment une doctrine si simple et lumineuse en sa simplicité a-t-elle pu être à l'origine de tant de contreverses subtiles et acharnéees? Sans doute du fait du défit qu'elle offrait à la société traditionnelle et à sa strucure brahmanique. Et aussi de nombreuses contreverses théologiques: 
-grâce "sans cause". Dieu ne dépend en rien de sa créature.
-Statut du prapanna: dans quelles conditions sa dédication est-elle "valide", procure-t-elle la certitude du salut?
-Mais la prapatti est-elle elle-même un upaya (moyen) efficace du salut?
-selon les Tengalai avec leur représent Pillai Lokasharaya, la prapatti est une simple attitude intérieure.
-selon les Vadagalai, (représenté par Vedanta Desika), l'acte de prapatti s'insère dans la catégorie des devoirs precrits par les textes (védiques). 
La question de savoir si la voie de l'abandon est une voie indépendante, distincte des voies traditionnelles (karmayoga, jnana yoga, bhakti). En réalité il s'agit là de savoir si Dieu agrée une voie nouvelle qui ne passe pas par les longs détours de l'ascèse et de l'étude des textes védiques, ni même du culte et de la dévotion, donnant accès à Lui-même, sans condition, à qui se donne sans condition.
(Cf.Suzanne Siauve, Astâdaçabhedanirnaya, Explication des dix-huit différences entre les deux branches de l'École de Râmânuja, de Çrî Vâtsya Ranganâtha, éd. critique, trad. et notes, Pondichéry, Institut français d'indologie (PIFI, 58), 1978).

Au-delà de ce système qui comporte des arcanes issues d’une culture et d’une tradition dont certains éléments peuvent nous échapper, la proposition de Ramanuja et de ses successeurs, permet dans notre propre recherche intérieure du Soi, de déterminer des axes pour notre objectif et ne pas exclure des approches dont l’illusionnisme shankarien aurait pu nous départir. Le sud de l’Inde a généré une tradition de dévotion au Suprême à travers la personne qui l’incarne, tel l’avatar, la vibhuti, l'amsha, ou encore le guru, celui qui à du poids, puisqu’il connaît Celui qui est l’origine et la cause de tout ce qui est, le Brahman, et peut guider les autres vers Lui. La Dévotion au guru est elle-même une forme de prapatti, le respect du guru comme étant une voie du salut: "honore le guru comme Dieu" Svetasvatara Upanishad V123, Vyasya deve para bhaktir yatha deve tatha guram). 
La prise en compte de l’Absolu comme participant du monde manifesté, donc ne le niant pas, permet d’inclure la perception de la manifestation comme étant partie intégrante du divin et non comme l’Illusion. D’une part, dans la quête du salut cela permet d’ouvrir notre conscience à des pistes plus larges, et d’autre part, lorsque nous émergeons dans l’Absolu en ayant la perception que le monde est une illusion, cela permet de ne pas rester dans cet éveil exclusif vis-à-vis du manifesté, un éveil qui n’est pas la complétude de la libération. Dans les deux cas la perception de la manifestation par des pratiques du système des tantras permet de trouver le Brahman dans la manifestation et même par la manifestation. Le système des tantras développe entre autres des pratiques nous conduisant à développer un sens de perception et d’attention différent de l’ordinaire.
C’est en cela que la métaphysique de Ramanuja nous apporte quelque chose de plus que Shankara puisque nous pouvons entrer en contact avec le Suprême par les formes représentatives du Suprême Lui-même. Ces formes sont les images et statuts des divinités qui Lui sont dédiés et d’où elles sont issues, mais aussi le contact au sein de notre conscience avec les émanations divines ou autres représentants du Divin. Dans un cas comme dans l’autre, c’est l’attitude intérieure qui prime et non pas le rite en lui-même, tel est le sens de la dévotion. Le développement de cette attitude passe par la méditation au sein de notre propre conscience sur la divinité invoquée ou sur la forme concrète de cette divinité, ou bien lors d’une méditation par une montée dans la conscience du nom d’une divinité ou de sa vision, ou de son mantra, ce qui permet d’intensifier l’aspiration et de déployer la conscience.
Sri Aurobindo, dans Le secret du Véda nous éclaire sur le sens originel de la représentation des divinités, et du rôle de ses représentations, que ce soit par des images ou des sculptures :
 « Les pouvoirs cosmiques agissent et existent dans l’univers ; l’homme se les applique, en fait une image dans sa propre conscience et investit cette image de la vie et du pouvoir que l’Etre Suprême a insufflé dans Ses propres formes divines et Ses propres divines énergies oeuvrant dans le monde. Tel est le vrai sens et la vraie théorie du culte des images chez les hindous, qui est ainsi une traduction concrète des grands symboles védiques ».

Ainsi prend sens la réalité spirituelle des représentations du divin au travers de l’iconographie, de la statuaire et de l’architecture religieuse.
Au cours de notre développement spirituel, il est tout a fait possible de rentrer en contact avec des aspects du Divin et d’en faire l’expérience au sein de notre conscience. 

Nous pouvons rentrer consciemment en contact avec de nombreuses formes représentant un aspect du divin. Ce contact, cette reliance, peut aussi s'établir par l'intermédiaire des formes du monde vivant, qu'elles soient humaines, animales, végétales, minérales, voir même aussi au travers de simples objets. Nous pouvons trouver ici les fondements des pratiques dites chamaniques, chamaniques au sens d'une expérience consciente avec la Conscience de tout Ce qui Est et que tout ce qui constitue le monde manifesté est habité par cette conscience et peut en être un pouvoir d'expression, chaque créature étant en son essence un médiateur de ce pouvoir d'expression. La chaman percevant le Nature comme le corps du divin et entrant en relation avec elle et ses habitants pour s'unir au divin. C'est par une communication spirituelle avec ces formes que celles-ci nous transmettent des qualités pour notre conscience. Qualités d’alignement, de régénération, d’expansion...Nous voyons là que la prise en compte de la forme et l’invocation des formes (entités vivantes physiques ou non-physiques, ou objets) représentatives du divin ou participant de sa nature, peuvent nous donner la capacité d’entrer en contact avec le divin dans son essence, peuvent nous donner la capacité de nous éveiller à la réalité ultime, car c’est bien cela dont il s’agit essentiellement, quelle que soit la pratique suivie.


Sylvère
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"Essai sur le Vishishtadvaïta"