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Conscience non-duelle





Si l'or dont est fait le vase est réel, comment supposer que le vase lui-même soit un mirage?

Sri Aurobindo, La Vie Divine


Le fait de parler de non-dualité n'implique-t-il pas la notion de dualité?

Ma Ananda Moyi




La non-dualité, qui est la définition de l'advaïta (a-dvaïta = sans second) définit une conception de l'univers comme étant imprégné d'une Réalité une et indivisible, appelée Brahman dans le Vedanta (Veda-anta = la fin du Veda, l'ultime Veda). Cette Réalité échappe à notre perception du fait même que pour manifester le monde tel que nous percevons avec nos sens, l'Absolu déploie un pouvoir, "Maya", qui est la Conscience et la Force de la Réalité, de l'Absolu existant en soi; Maya étant alors la force qui exprime cette puissance en soi. Maya par conséquent est la puissance d'illusion car elle est la Puissance-créatrice de Conscience par laquelle le monde existe. Maya exerce une illusion sur notre propre perception de la Réalité, mais cette Réalité qui est partout une et indivisible n'est pas dissociée entre d'un côté le monde qui serait une illusion et de l'autre l'unique Réalité de l'Absolu, seule vérité vraie. C'est Maya qui nous empêche de percevoir le Réel, qui par contraste semble être alors plus réel que le monde lui-même que nous percevons habituellement. Mais ce n'est qu'un effet qui nous fait percevoir le monde comme une illusion, mais en soi il est tout aussi réel, car la Réalité, le Divin contient tout, en tout, et partout. Par conséquent, la non-dualité tel que Sri Aurobindo la définit dans La vie divine, « Le vrai monisme,  le vrai advaïta, c'est ce qui accepte toutes choses comme le Brahman et ne cherche pas à découper Son existence en deux entités incompatibles, une éternelle Vérité et un Mensonge éternel, Brahman et non-Brahman. »



Mais pourquoi donc insister sur ces nuances?



D'une part parce que ce qui est enseigné habituellement comme étant l'advaïta, le non-dualisme, transmet bien souvent une vision parcellaire de l'advaïta originel, d'autre part parce que la conception qui découle de cette vision, bien qu'apparaissant comme l'ultime Vérité, n'est qu'un aspect de la Vérité, et que de s'en tenir exclusivement à l'enseignement d'un advaïta radical est par conséquent une tromperie, puisque de fait est une Vérité par défaut, exclusive vis à vis d'une Vérité plus grande. Ensuite parce que dans le cadre de la recherche spirituelle, il peut être très bénéfique au chercheur de tendre vers un advaïta réaliste, qui ne fragmente pas le réel entre d'un côté l'illusion de la manifestation et de l'autre côté la réalité vraie, et cela pour le bénéfice même de sa propre quête, parce qu'il en va de l'enjeu de l'évolution spirituelle au niveau personnel dans le fait de tendre vers une réalisation du Divin la plus intégrale possible, donc non-exclusive, ce qui induira des répercutions fondamentales au niveau de l'évolution dans son sens cosmique, universel; enfin parce qu'une conception non-duelle intégrale implique un processus évolutif de l'éveil qui a pour répercussion non pas une libération verticale hors de la matière ("on perce un trou et on sort" comme le disait Satprem), mais une descente dans la matière même où s'effectuera la révélation du mariage mystique de l' "esprit" avec la "matière". C'est non-seulement la fin de l'illusion séparatrice au sein de notre conscience entre esprit et matière, la matière étant de la conscience densifiée, condensée, mais aussi la réalisation de la non-dualité intégrale, de l'unité totale avec tout ce qui est au plus profonde la création, dans la matière même, ce qui implique une transformation de cette matière même au sein même des cellules du corps. L'homme est un être de transition, disait Sri Aurobindo, et c'est cette participation consciente au processus de l'évolution qui fait tout le sens de son yoga intégral et que poursuivit Mirra Alfassa (Mère) dans son travail de transformation: « On peut dire que c'est vraiment quand le cercle sera achevé et que les deux extrémités se toucheront, quand le plus haut se manifestera dans le plus matériel la suprême Réalité au centre de l'atome —, que l'expérience sera vraiment concluante. Il semble, dit la Mère, que l'on ne comprend jamais vraiment que lorsque l'on comprend avec son corps. » Satprem , Sri Aurobindo ou l'Aventure de la Conscience



En fait l'advaïta tel qu'il est généralement admis, réduit la Totalité à son expression la plus simple, à l'exemple de la définition d'Eliot Deutsch généralement reprise par les représentants de l'Advaïta Vedanta  pour qui: «L'Advaita Vedanta, alors, doit s'efforcer de tenir compte du fait qu'il reconnaît explicitement que tout ce qui est exprimé est ultimement non-Brahman et ultimement faux.» On réalise le Brahman, l'Absolu, et la relativité du monde et de la manifestation apparait par conséquent être une illusion.

Malgré la véracité et l'authenticité d'un éveil non-duel et impersonnel, la vision et la conception de la Réalité à laquelle aboutit ce monisme n'est pas comprise intégralement, car le sens du principe de la manifestation dans l'évolution en est absent, et c'est cette profondeur que nous fait saisir Sri Aurobindo dans son exposé métaphysique sur l'Isha Upanishad: «Absolu et universel, Brahman, dans la relativité, se tient, pour ainsi dire, comme en arrière de lui-même. Il conçoit, par un mouvement secondaire de la conscience, l’individuel comme autre que l’universel, le relatif comme étranger à l’absolu. Sans ce mouvement distinctif, l’individu tendrait toujours vers la dissolution dans l’universel, le relatif disparaîtrait dans l’absolu. Ce mouvement comporte donc une réaction correspondante de l’individuel qui se regarde comme " autre " que l’universel et transcendant Brahman, et " autre " que le reste de la multiplicité. Il se retire ainsi de l’identité et fortifie le jeu de l’Être dans la séparativité de l’ego.»

L'advaïta radical quant à lui réduit Dieu à l'expérience que les éveillés de ce courant en font, mais ce n'est pas pour autant que Dieu se limite à cette expérience d'éveil : Dieu ne peut être limité, réduit  en un absolu ou une conscience hors de ce monde. 

En effet, comment concevoir que cette intelligence suprême puisse ne pas être la Totalité ? C'est parce qu'il est justement omnipotent, omniprésent, omniscient, illimité, qu'il a pu consentir à se limiter. C'est une vérité plus profonde qu'il nous faut saisir, selon le point de vue intégrale de Sri Aurobindo tel qu'il l'exprime dans La vie divine : « Comment une Illusion... pourrait-elle édifier ce puissant monde de juste séquence, de loi rigoureuse et de Nécessité qui s'y rattache?»   


Dieu est-t-il si facétieux qu'il arriverait à faire croire que non-seulement ce monde que nous foulons et auquel nous nous heurtons est une illusion, mais encore mieux, qu'il arrive à faire croire à ses enfants que le monde n'a pas été créé par lui, c'est le summum! Quelle farce ! L'illusion est l'inconscience d'une réalité plus vaste, c'est l'ignorance qu'une Réalité sous-jacente au monde est en soi plus présente et plus réelle que ce monde lui-même. C'est cette ignorance avidya, qui conduit à l'illusion, c'est à-dire de percevoir qu'il n'y a qu'un monde fragmenté et transitoire, éphémère et matériel. La fin de l'illusion, donc de l'ignorance, c'est la connaissance vidya, qui consiste à percevoir que le Réel est ce qui existe en soi indépendamment de tous les phénomènes, non entaché par eux, l'éveil à la conscience en soi, sous-jacent à notre perception habituelle. Ce n'est pas pour autant que le monde est une illusion, qu'il serait non-réel, avec d'un côté le réel, pureté, et de l'autre le non-réel, impur. Le monde tel que nous le voyons est tout autant habité par cette conscience suprême qui se manifeste comme absolu à la fois transcendant et immanent et c'est cela qu'il faut réaliser. Sri Aurobindo  précise que « Le Monde est réel précisément parce qu'il n'existe que dans la conscience.» La conscience est ce qui est ! Et tout est conscience. Comment Dieu, la Conscience Absolue et Suprême ne pourrait-il pas avoir créé la matière? Qui l'a créé alors ? Où se situe Dieu ? Qui a créé la matière si ce n'est Lui? Comment as-il créé NOUS sans avoir créé le monde? Alors  qui , quoi ...? Quel est le sens et le but de la création et du divin à travers cet état de fait ? Bien entendu cette idée de création est à concevoir sous un angle différent de l'approche judéo-chrétienne dont nous sommes imprégnés. Elle doit donc être comprise dans le sens où la création s'entent comme manifestation. Sri Aurobindo dans son commentaire de l'Isha Upanishad la définit donc ainsi: « La création n’est pas la production ou la projection de quelque chose hors de rien ou d’une chose hors d’une autre, mais l’objectivation de Brahman lui-même dans les catégories de l’espace et du temps. La création n’est pas une construction mais un devenir, dans les conditions et les formes de l’existence consciente.» (cf. Les trois vérités de Brahman).
Et la réalité comprend toute manifestation de la création,  tout ce que nous pouvons connaître de l'univers , en terme métaphysique et physique: le mesurable et l'incommensurable, les notions spirituelles tout autant que les notions de la physique quantique moderne, de la dualité onde-corpuscule, de l'énergie dans toutes ces différentiations et des multiples états de la matière, depuis les découvertes des atomistes de la grèce antique jusqu'aux plus récentes découvertes de la physique, en passant par les notions de vide, du shunyata bouddhiste au vide quantique. Le vide des notions de la physique quantique ne détermine absolument pas que la matière est illusion comme certains en conclue de façon raccourci.



Dieu se révèle aux advaïtins comme indépendant du monde , ils se "réveillent" à un aspect du divin qui est le transcendant, intouché, et leur conscience s'identifie à cet aspect en devenant témoin de la scène, ce qui leur fait prendre la scène comme irréelle et indépendante de l'intérêt que Dieu pourrait y porter et de son implication. Ce qui est vrai en soi, mais n'est qu'un aspect de la Vérité. Car c'est seulement une limitation de notre conscience, et malgré ce réveil, ce n'est pas une réalisation complète. C'est un éveil dissocié.  Il n' y a pas d'antinomie, car nous dit Sri Aurobindo, « L'Infini ne serait pas l'Infini s'il ne pouvait assumer une finitude multiple », et en cela il fait la synthèse du monisme pur de Shankara, du dualisme de Madhva  et du monisme qualifié de Ramanuja. (Depuis un certain temps en Orient et en Occident, le terme 'Vedanta' représentait seulement l'Advaita, alors que le Vishishtadvaita est tout aussi important dans l'exploration de la Réalité). 

L'advaïta radical, qui propose une vision impersonnelle du monde de part son identification totale à la conscience du Brahman impersonnelle, est habile pour se défaire de la réalité dans son intégralité et de la notion de création, et de fait,  échafaude une théorie  à partir d'un tas de conceptions tout aussi chancelantes les unes que les autres pour rester collé à sa conception impersonnelle et illusionniste. L'advaïta radical utilise tout un tas de subterfuges pour s'accommoder de sa vision illusionniste. C'est la différence avec un advaïta réaliste qui conçoit, et surtout réalise l'unité de tout y compris de sa propre matière avec celle de l'univers entier, et conçoit la non-dualité dans son sens originel et primordial qui est l'unité de tout au sein de la Conscience, unité vécue au niveau de la conscience imprégnant et habitant tout. Sarvam khalvidam Brahma , dit l'Upanishad, Tout ceci est en vérité le Brahman ! Ou encore Sarvam khalu idam Brahman, Tout n'est que Brahman. Sarvaghate Nârayana, Narâyâna est dans toutes les choses.



L'Unité ne peut être complète que si elle est vécue dans la chair et dans l'unité avec la matière de tout l'univers comme prolongement conscient de notre matière. C'est plus difficile et ça engage d'autres processus de transformation, par conséquent l'advaïta radical semble s’accommoder de la simplicité qu'il a trouvé dans sa voie de libération et reste en retrait de la notion de descente car trop risquée pour  maintenir son identification et le système métaphysique qu'il a élaboré dessus. La descente implique à la fois la transformation de la personnalité, en son essence, ainsi qu'une descente dans la matière corporelle, en pénétrant tous les niveaux de l'être jusqu'au subconscient. Dans ce processus intégral la vie elle même est impactée par le champ unifié réalisé par le chercheur. Le processus est vertical, montant et descendant, ainsi qu' horizontal, en sorte que le noyau de l'être prend part à la radiance de sa lumière en ce monde dans les plus grands domaines du champ de sa vie et les incluent en tant que tel comme expression de sa participation ontologique à la conscience divine manifestée en tout.



Le fait de concevoir le Divin , Dieu , comme étant aussi la matière et étant aussi créée par Lui n'est pas une croyance ou une vue de l'esprit; c'est une expérience que certains ont fait et qu'il est possible de faire pour chacun d'entre nous. En terme chrétien nous sommes les fils de Dieu certes, mais l'esprit Saint nous fait révéler le Père par la présence du Christ en tout, en toute chose; Christ n'est pas indépendant de la matière, il l'est, et c'est une réalité que de réaliser qu'il est présent en tout. La Mère manifeste le Fils, la Mère Divine, la Mater et Christ ne sont qu'un. L'unité intégrale est une expérience, pas une conception, et l'unité est complète quand nous la réalisons aussi au niveau de la matière comme étant la conscience divine elle-même et créée d'instant en instant par elle. Le problème de l’illusionnisme c'est précisément parce que le "réveil" ce fait dans un Absolu statique que l'éveillé croit que Dieu n'est pas lié à la création du monde, et du coup le soit disant éveillé se mélange les pinceaux sur les questions de commencement et de fin.

Le commencement et la création sont perpétuels et se font d'instant en instant, mais ce n'est que dans la réalisation intégral du divin à la fois dans sa transcendance et dans son aspect immanent et dynamique que l'on peut saisir cet état de fait. Encore faut-il être suffisamment honnête avec soi-même, intègre et suffisamment humble pour le concevoir et s'ouvrir toujours plus loin dans le Mystère pour le réaliser et s'abandonner à ce qu'il Est en totalité propre. 



Pour l'advaïta radical et d'un point de vue de l'expérience d'éveil non-duel c'est cohérent et ça se tien, si ce n'est sur la scission entre Dieu et la matière....  C'est en effet un premier constat et une première nécessité qu'il n'y a rien à construire, améliorer, etc. dans ce monde. C'est l'éveil impersonnel et non-duel qui se suffit à se constat. C'est un aspect de la réalité et dans le processus d'éveil c'est important.  Ce n'est pas pour autant que l'autre aspect n'est pas valable ni caduc: celui de Sri Aurobindo concernant la transformation du monde. Non pas au sens de faire le bien dans le monde mais au sens de participer consciemment, et donc d'accélérer le processus d'évolution dans lequel est engagé tout l'univers. En terme de d'éveil certes ce n'est pas une conception qui peut nous aider (a priori), cependant en terme d'évolution spirituelle c'est capital. Mais en fait on ne peut pas les comparer car ce n'est pas au même niveau que ça se situe. Toutefois, l'un n'empêche pas l'autre d'être vrai pour ce qu'il est dans son champ de réalité,  il y a le double travail à faire: celui sur la vision que l'on a du monde tout autant que le travail de transformation du monde lui-même. Et une conception nouvelle de l'éveil, en tant qu'un des aspects dans le champ de l'évolution spirituelle et de l'exploration du Réel, peut nous y aider. 

Considérer ce monde comme une illusion ne m'a personnellement jamais satisfait, ni avant que se révèle l'évidence, ni après; et la "libération" de ce monde peut, pour certaines âmes, être d'une grande vanité spirituelle. Pour Sri Aurobindo dans La vie divine: « Le monde ... n'est pas une fiction conceptuelle dans le Mental universelle, mais une naissance consciente, en ses propres formes, de ce qui est au-delà du Mental.» Considérer que le monde est illusion est une conception découlant d'une réalisation d'un aspect de la réalité, certes implacable, extraordinaire, fulgurant, et tellement extraordinaire que le chercheur s'établit là-dedans comme étant l'unique possibilité pour en sortir, l'unique sens; mais c'est trop extraordinaire et incroyable pour être uniquement le seul sens de cette réalité et son seul aspect... L'éveillé est littéralement arraché du monde par l'identification à cette conscience, c'est ce fort contraste entre l'expérience d'éveil impersonnel et la réalité ordinaire qui apporte ce sentiment d'irréalité envers le monde et de complétude dans la libération de la conscience dans ce cas de figure de l'éveil. Mais ce n'est qu'un aspect de la réalité ... et l'exploration du Réel est à la mesure de son Infinité. C'est en ce sens que Sri Aurobindo s'affranchit de l'illusionnisme de Shankara car « La connaissance shankarienne n'est qu'un côté de la vérité, la connaissance du Suprême telle qu'elle est réalisée par le mental spirituel au travers du silence statique de l'Existence pure.» Et de préciser par ailleurs que: « Le monde ... n'est pas une fiction conceptuelle dans le Mental universelle, mais une naissance consciente, en ses propres formes, de ce qui est au-delà du Mental.»De fait, il y a deux nuances à distinguer et à établir pour éviter une confusions courante sur ce sujet. 

Bien souvent il y a une propension, par commodité de l'esprit ou par méconnaissance, d'opposer ces deux sujets qui ne sont pas opposables en théorie mais simplement deux processus: celui sur comment réaliser et intégrer notre vraie nature, l'autre celui sur la transformation de ce qu'est le monde, non pas la transformation de notre vision sur ce qu'il est, mais bien la transformation de tout ce que nous sommes et ensuite du champ physique à l'aune de cette transformation. Mais pour l'éveil en lui-même cela n'a aucune portée. L'une est celle de l'éveil, de ce changement de paradigme sur la réalité, l'autre est celle de la légitimité du monde et de la manifestation dans l'évolution spirituelle. Le travail qui consiste à déblayer les illusions sur ce que nous-sommes réellement et proposé dans les voies d'éveil non-duel consiste lui à ce "simple" renversement de vision, d'éveil à la Réalité, au Brahman impersonnel et statique. C'est dans ce sens que l'advaita vedanta est une méthodologie pratique efficace pour aboutir à Tat Vam Asi, "tu es cela", en discriminant la nature de ce qui est, et en se dés-indentifiant de tout ce qui n'est pas Cela, avec le processus mental de "je ne suis pas le corps", "je ne suis pas ceci", je ne suis pas le corps, pas les pensées, pas les émotions, Qui suis je ? So'ham, Je Suis, le Soi témoin suprême se révèle, le Moi comme Atman, en tout. Aham Brahman Asmi, je suis Brahman. Cette entrée dans l'éveil permet de nous aider dans le processus de nous "éveiller dans la parfaite unité de tout". C'est déjà énorme, mais cela est incomplet. 



La matière même, la manifestation émane du divin et le contient. Mais la notion du divin décrit un aspect de la réalité que certaines approches ou expériences d'éveil ne reconnaissent pas, ni dans leur textes et leur pratique, ni dans l'expérience des éveillés. Et même si cela est reconnu, le divin est considéré comme impersonnel, et même s'il est considéré comme "personnel", il est dissocié du monde manifesté. L'impact d'un éveil à la réalité absolue est tellement dissocié de la manifestation que cette dissociation peut être vécue comme une finalité, et engendrer un regard sur le monde en tant qu'illusion. Mais le chercheur peut s'apercevoir que tout continue: à part sa conscience et sa vision sur le monde rien d'autre n'est réellement transformée et s'il s'ouvre davantage au divin, il s'aperçoit que ce n'est qu'un de ses aspects. Et plus il s'identifiera à son éveil impersonnel et à sa conception d'une non-dualité qui laisse le champ de la manifestation comme illusion, plus il laissera en retrait l'opportunité d'intégrer aussi sa dimension individuelle comme participante de l'évolution. Il peut rencontrer des forces d'opposition dans le champ de la Vie qui viendront secouer le système de son éveil impersonnel, ou bien s’accommoder d'une nature non transformée qui continue de suivre ses mouvements sans en être affecté, mais sans pouvoir les transformer, conséquence de son attachement  à un éveil impersonnel, d'autant plus difficile à réaliser s'il s’attarde dans celui-ci. Mais la véritable limitation réside lorsque le chercheur n'est pas ancré dans l'expérience et s'accroche à la croyance en la non-dualité. Lorsque que le chercheur sur la base de cette croyance établie une conception non reliée à l'expérience directe de la transcendance, il peut rencontrer les résistances inhérentes à l'immanence même de la réalité manifestée dans laquelle nous vivons et ce sera la réalité du corps, la réalité du temps, la réalité des contingences, de l'altérité, qui sera le moteur de son évolution. A moins qu'il résiste tellement à cette immanence que l'évolution spirituelle au mieux s'arrête là, ou au pire occasionne une dichotomie telle que sa vie deviendra l'expression d'un manque d'intégrité et de réalisme aboutissant à une succession de chocs et de déconvenues dans tous les champs de sa vie, conséquence de son attachement à une conception erronée. Les contingences ont un sens dans le dessein de l'évolution et de notre participation consciente à celle-ci, elles contiennent en soi le potentiel de manifestation et d'intégration plus large de la Conscience, elles ne sont pas l'obstacle dont il faut s'affranchir, elles sont le corps même du divin qu'il faut embrasser.  C'est dans cette perspective que Sri Aurobindo précise que : « Vu du point de vue du Temps, Brahman est Éternité ou Immortalité; vu du point de vue de l'Espace, Il est Infinité ou Universalité; vu du point de vue de la causalité, Il est Liberté absolue. En un mot, Il est anantam, sans fin, absence de toute limitation.  



Pour résumer et simplifier, le premier pas, et c'est celui qui arrive le plus majoritairement, c'est l'éveil dans le Brahman statique et la pure conscience, deuxième phase c'est s'éveiller au Brahman dynamique présent en tout, troisième phase c'est la transformation à partir de cette éveil dynamique.  Bien évidemment ces phases ne sont pas linéaire et peuvent survenir dans un autre "ordre". Par ailleurs il y a des phases intermédiaires comme l'expérience de libération au niveau de l'unité de toute matière en tant que conscience une et indivisible, non-dissociée de notre propre matière corporelle. Le but de Sri Aurobindo par exemple n'était ni l'éveil impersonnel, ni l'immortalité dans un corps de lumière, mais la transformation de l'être jusqu'au plan physique, la descente de la Conscience divine ici bas pour que la matière elle-même devienne le reflet de la conscience dont elle est issue par la densification de la force-énergie intrinsèque à cette conscience, afin que cesse ce champ de souffrance qu'est la vie humaine sur terre et le transformer en un champ de félicité. Sat Chit-shakti Ananda. Pour Sri Aurobindo ce n'était pas un point de vue théorique mais une expérience directe de l'essence même du Divin et de son but suprême dans le processus de l'évolution, ce pourquoi il s'est manifesté, ce pourquoi il est à la fois forme et sans forme... 



Le divin a créé la matière, ce n'est pas pour que l'on se contente de s'arracher d'elle et se libérer dans un nirvana béatifique ou une non-dualité illusionniste, ou dans une conscience impersonnelle qui nie tout aspect de la personnalité humaine et divine, mais pour participer à la révélation du divin dans cette matière. « Plutôt que l'enfer avec mes propres frère qu'un salut solitaire » prononçait Sri Aurobindo, tel un manifeste de la conscience. On peut très bien se libérer, obtenir moksha, mais c'est une libération individuelle (paradoxale d'ailleurs pour un éveil qui se dit "impersonnel"), qui a sa valeur mais nie un aspect du Divin et de Son but. C'est Son ultime cadeau: d'avoir consentie à se limiter dans la forme, dans la matière physique et dans la création de formes de vie dont celle en tant qu'humain est un maillon essentiel pour participer à ce but évolutif. L'humilité n'en est que plus grande, car "l'éveil" dans cet optique est une étape et non une fin en soi.



« La clef de l'énigme n'est pas l'ascension de l'homme au ciel, mais son ascension ici-bas dans l'Esprit et la descente de l'Esprit dans son humanité ordinaire, une transformation de la nature terrestre ; c'est cela que l'humanité attend, une naissance nouvelle qui couronnera sa longue marche obscure et douloureuse, et non quelque salut post mortem. »

Sri Aurobindo,The Hour of God 

 

Mais tout cela n'est que conception et n'a pour but que d'inciter à pratiquer pour parvenir par soi-même à l'expérience de La Vérité et de la réalisation du Divin dans son intégralité la plus large. L'approche intellectuelle sert de premier pas pour ouvrir notre compréhension en vue d'élargir notre champ de conscience et être ouvert à une plus large et profonde exploration du Réel. 



Visphulinga iva pâvakât , Toute création, noms et formes sont issus de Lui; la profondeur et la sagesse millénaire transmise par cette Vérité découverte par les plus hauts chercheurs des temps anciens ne saurait être limitée et réduite à des conceptions moins rigoureuses et moins proches de la Vérité à laquelle se réfère cette affirmation. Il est Parât para, Manifesté et Non Manifesté; Brahmaiva idam visvamidam varistahm, Tout ce magnifique univers est BRAHAM SEUL .

Sylvère