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Méditation et Silence Mental par Satprem

  Notre yoga a pour but l'union consciente avec le Divin dans le supramental et la transformation de la nature. Les yoga ordinaires vont droit du mental à un certain état sans forme du silence cosmique, et à travers cet état essaient de disparaître en s'élevant dans le Très-Haut. Le but de notre yoga est de transcender le Mental et d'entrer dans la Vérité divine du Satchidânanda qui n'est pas seulement statique mais dynamique, et d'élever l'être tout entier jusqu'à cette vérité.
 Sri Aurobindo, Letters On Yoga
 

 Quelques extrait de Sri Aurobindo et l'Aventure de la Conscience de Satprem.

 

LE SILENCE MENTAL

Les constructions mentales 


La première étape du yoga de Sri Aurobindo et la tâche fondamentale qui donne la clef de bien des réalisations, c'est le silence mental. On peut se demander pourquoi le silence mental? mais il est bien évident que si nous voulons découvrir un pays nouveau en nous, il faut d’abord quitter l’ancien – tout dépend de la détermination avec laquelle nous franchirons ce pas. Quelquefois il suffit d’un éclair ; quelque chose en nous qui s’écrie : « Assez de ce rabâchage ! » et on avance une fois pour toutes, sans regarder derrière soi.
D’autres disent oui-non et oscillent interminablement entre deux mondes.
Il ne s’agit pas de s’amputer d’un bien péniblement acquis, au nom de je ne sais quelle Sagesse-Paix-Sérénité, nous ne sommes pas en quête de sainteté mais de jeunesse – la jeunesse éternelle d’un être qui grandit – pas en quête de moins être, mais de mieux être, et surtout d’être plus vaste :
« Ne vous est-il pas venu à l’esprit que s’il cherchaient quelque chose de froid, de sombre et de morne, les sages ne seraient pas des sages, mais des ânes ! »
On fait toutes sortes de découvertes, en vérité, quand la mécanique s’arrête, et la première est que si le pouvoir de penser est un don remarquable, le pouvoir de ne pas penser l’est encore bien davantage ; que le chercheur essaie pendant cinq minutes seulement et il verra de quel bois il se chauffe !
Il s’apercevra qu’il vit dans un vacarme sournois, un tourbillon épuisant, mais jamais épuisé, où il n’y a de place que pour ses pensées, ses sentiments, ses impulsions, ses réactions – lui, toujours lui, énorme gnome qui envahit tout, voile tout, n’entend que lui, ne voit que lui, ne connaît que lui – et encore – et dont les thèmes perpétuels, plus ou moins alternés, peuvent donner l’illusion de la nouveauté.
« En un sens, nous ne sommes rien d’autre qu’une masse complexe d’habitudes mentales, nerveuses et physiques, liées ensembles par quelques idées directrices, désirs, associations – l’amalgame d’innombrables petites forces qui se répètent, avec quelques variations majeures. »
On peut dire qu’à dix-huit ans nous sommes fixés, nos vibrations majeures son établies, et qu’autour d’elles indéfiniment viendront s’enrouler en couches de plus en plus épaisses, polies, raffinées, les sédiments d’une sempiternelle même chose à mille visages que nous appellerons culture ou « nous-mêmes » – bref, enfermés dans une construction, qui peut être de plomb et sans une lucarne, ou élancée comme un minaret, mais enfermés toujours , bourdonnants, répétitifs, hommes dans un peau de granit ou dans une statue de verre.
Le premier travail du yoga, c’est de respirer au large. Et naturellement, de briser cet écran mental qui ne laisse filtrer qu’un seul type de vibration, pour connaître l’infinitude multicolore des vibrations, c’est-à-dire le monde enfin et les êtres tels qu’ils sont, et un autre nous-même qui vaut mieux que ce qu’on en pense.

 [...]



Le mental universel 


Jusqu’à présent, nous avons analysé les progrès du chercheur en termes intérieurs, mais ce progrès se traduit également sur le plan extérieur, et d’ailleurs, la cloison intérieur-extérieur s’amenuise de plus en plus, elle apparaît de plus en plus comme une convention artificielle, établie par un mental adolescent, enfermé en lui-même, et qui ne voit que lui-même. Le chercheur sentira cette cloison perdre de sa dureté lentement, il éprouvera une sorte de changement dans la substance de son être, comme s’il devenait plus léger, plus transparent, plus poreux, si l’on ose dire. C’est différence substantielle se révélera tout d’abord par des symptômes désagréables, car l’homme ordinaire est généralement protégé par un cuir épais, tandis que le chercheur n’aura plus cette protection : il recevra les pensées, volontés, désirs des gens, sous leurs véritables aspects et dans toute leur nudité, comme ce qu’ils sont vraiment – des attentats. Et notons bien que les mauvaises pensées ou les mauvaises volontés ne sont pas seules à partager cette virulence ; rien n’est plus agressif que les bonnes volontés, les bons sentiments, les altruismes – d’un côté ou de l’autre, c’est l’ego qui se nourrit, par la douceur, par la force. Nous ne sommes civilisés qu’à la surface ; dessous le cannibale continue. Il sera donc très nécessaire que le chercheur soit en possession de cette Force dont nous avons parlé – avec Elle, il peut passer n’importe où – et d’ailleurs, dans la Sagesse Cosmique, la transparence ne viendrait pas si elle ne s’accompagnait de la protection correspondante.
Armé de sa force et du silence mental, le chercheur verra par degrés qu’il est perméable au-dehors, qu’il reçoit – de partout -, que les distances sont des barrières irréelles – personne n’est loin, personne n’est parti, tout est ensemble et tout est en même temps – et qu’à dix mille kilomètres, il peut recevoir clairement les préoccupations, la colère d’une personne, la souffrance d’un frère. Il suffira, dans le silence, que le chercheur se branche sur un lieu, une personne, pour avoir une perception plus ou moins exacte de la situation, plus ou moins exacte suivant sa capacité de silence, car ici aussi le mental brouille tout, parce qu’il désire, craint, veut, et que rien ne lui parvient qui ne soit aussitôt faussé par ce désir, cette crainte, cette volonté (il y a aussi d’autres éléments de brouillage, nous en reparlerons plus tard). Il semble donc qu’avec le silence mental un élargissement de la conscience se soit produit et qu’elle puisse se diriger à volonté en n’importe quel point de l’universelle réalité pour y connaître ce qu’elle a besoin de connaître.
Mais dans cette transparence silencieuse, nous ferons une autre découverte, capitale par ses implications. Nous nous apercevrons non seulement que les pensées des gens nous viennent de l’extérieur, mais que nos propres pensées nous viennent par la même voie, du dehors. Lorsque nous serons suffisamment transparents, nous pourrons sentir, dans le silence immobile du mental, comme des petits remous, qui viennent frapper notre atmosphère, ou comme de légères vibrations qui tirent notre attention, et si nous nous penchons un peu pour « voir ce que c’est », c’est-à-dire si nous acceptons que l’un de ces remous entre en nous, nous nous retrouverons soudain en train de penser à quelque chose : ce que nous avions saisi à la périphérie de notre être, était une pensée à l’état pur, ou plutôt une vibration mentale avant qu’elle n’ait eu le temps d’entrer à notre insu et de ressortir à notre surface pourvue d’une forme personnelle qui nous fera dire triomphalement : « c’est ma pensée ». Un bon lecteur de pensée peut ainsi lire ce qui se passe dans une personne dont il ne connaît même pas la langue parce que ce ne sont pas des pensées qu’il attrape, mais des vibrations auxquelles il donne en lui la forme mentale correspondante. Mais c’est le contraire qui serait bien surprenant, car si nous étions capables de créer une seule chose par nous-mêmes, fût-ce une petite pensée, nous serions les créateurs du monde ! Où est le je en vous, qui peut fabriquer tout cela ? Demandait la Mère. Seulement, le mécanisme est imperceptible pour l’homme ordinaire, d’abord parce qu’il vit dans un vacarme constant, ensuite parce que le mécanisme d’appropriation des vibrations est presque instantané automatique ; une fois pour toutes, par son éducation, son milieu, l’homme s’est habitué à sélectionner dans le mental universel un certain type de vibration, assez réduit, avec lequel il est en affinité, et jusqu’à la fin de sa vie, il accrochera la même longueur d’ondes, reproduira le même mode vibratoire, avec des mots plus ou moins sonores et des tournures plus ou moins neuves – il tourne dans la cage, seule l’étendue plus ou moins chatoyante de notre vocabulaire peut nous donner l’illusion que nous progressons.
Certes, nous changeons d’idée, mais changer d’idée n’est point progresser, ce n’est pas s’élever en un mode vibratoire plus haut ou plus rapide, c’est faire une pirouette de plus au sein du même milieu. C’est pourquoi Sri Aurobindo parlait de changement de conscience.
Une fois qu’il aura vu que ses pensées viennent du dehors et qu’il aura répété l’expérience des centaines de fois, le chercheur tiendra la clef de la vraie maîtrise mentale, parce que s’il est difficile de se débarrasser d’une pensée que nous croyons nôtre, quand elle est déjà bien installée dedans, il est aisé de rejeter les mêmes pensées quand nous les voyons venir du dehors. Et une fois que nous sommes le Maître du silence, nous sommes nécessairement le Maître du monde mental parce que, au lieu d’être sempiternellement cramponné à la même longueur d’onde, nous pouvons parcourir toute la gamme des ondes et choisir ou rejeter ce qui nous plaît.
Mais laissons Sri Aurobindo nous décrire lui-même l’expérience telle qu’il la faite la première fois avec un autre yogi, du nom de Bhaskar Lélé, qui passa trois jours avec lui :
« tous les êtres mentaux développés, du moins ceux qui passent la moyenne, doivent d’une façon ou d’une autre, à certains moments de l’existence et dans certains buts, séparer les deux parties de leur mental : la partie active qui est une usine de pensées et la partie réservée, maîtresse, à la fois témoin et volonté, qui observe, juge, rejette, élimine ou accepte les pensées, ordonnant les corrections et les changements nécessaires, c’est le Maître de la Maison mentale, capable d’indépendance.
Mais le yogi va encore plus loin ; il est non seulement le Maître du mental, mais, tout en étant dans le mental, il en sort pour ainsi dire, et il se tient au-dessus tout à fait en arrière, libre.
Pour lui, l’image de l’usine de pensées n’est plus valable, car il voit que les pensées viennent du dehors, du Mental universel ou de la Nature universelle : « car si nous étions capables de créer une seule chose par nous-mêmes, fût-ce une petite pensée, nous serions les créateurs du monde ! Où est le je en vous, qui peut fabriquer tout cela ? » Demandait la Mère.
Les pensées venant du Mental universel sont parfois formées et distinctes, parfois sans forme, puis elles reçoivent une forme quelque part en nous. Le travail principal de notre mental est de répondre et d’accepter ces ondes de pensées (de même pour les ondes vitales et les ondes d’énergie physique subtiles), ou de donner une forme mentale personnelle à cette substance mentale (ou aux mouvements vitaux) venus de la Nature-Force environnementale.
J’ai une grande dette envers Lélé pour m’avoir montré ce mécanisme : « asseyez-vous en méditation, me dit-il, mais ne pensez pas, regardez seulement votre mental, vous verrez les pensées entrer dedans. Avant qu’elles ne puissent entrer, rejetez-les et continuez jusqu’à ce que votre mental soit capable de silence complet. »
Je n’avais jamais entendu dire avant, que les pensées puissent venir visiblement du dehors, dans le mental, mais je ne songeais pas à mettre en doute cette vérité ou cette possibilité, simplement, je m’assis et fis comme il m’était dit. En un instant, mon mental devint silencieux comme l’air sans un souffle au sommet d’une haute montagne, puis je vis une, deux pensées venir d’une façon tout à fait concrète, du dehors. Je les rejetais avant qu’elles ne puissent entrer et s’imposer à mon cerveau. En trois jours, j’étais libre.
À partir de ce moment, l’être mental en moi devint une intelligence libre, un Mental universel. Ce n’était plus un être limité au cercle étroit de pensées personnelles, comme un ouvrier dans une usine de pensées, mais un récepteur de connaissance qui recevait, depuis les cent royaumes de l’être, libre de choisir ce qu’il voulait dans ce vaste empire de vision et ce vaste empire de pensées. »

[...] 

Parti d’une petite construction mentale où il se croyait à l’aise et très éclairé, le chercheur regarde derrière lui et il se demande comment il a pu vivre dans pareille prison. Il est frappé surtout de voir comment, pendant des années et des années, il a vécu entouré d’impossibilités, et comme les hommes vivent derrière des barrières : « on ne peut pas faire ceci, on ne peut pas cela, c’est contraire à telle loi, contraire à telle autre, c’est illogique, ce n’est pas naturel, c’est impossible… » 

Et il découvre que tout est possible et que la vraie difficulté est de croire que c’est difficile.
Après avoir vécu vingt ans, trente ans, dans sa coquille mentale, comme une sorte de bigorneau pensant, il commence à respirer au large. Et il s’aperçoit que l’éternelle antinomie intérieur-extérieur est résolue, qu’elle aussi faisait partie de nos calcifications mentales. En vérité, le dehors est partout dedans ! Nous sommes partout !
L’erreur est de croire que si nous pouvions réunir d’admirables conditions de paix, de beauté, de campagne solitaire, ce serait beaucoup plus facile parce qu’il y aura toujours quelque chose pour nous déranger, partout, et que mieux vaut se résoudre à briser nos constructions et à embrasser tout ce dehors – alors nous serons partout chez nous. De même pour l’antinomie action-méditation ; le chercheur a fait le silence en lui et son action est une méditation (il entreverra même que la méditation peut-être une action) ; qu’il fasse sa toilette ou qu’il règle ses affaires, la Force passe en lui, et il n’est jamais branché ailleurs. Et il verra enfin que son action devient plus clairvoyante, plus efficace, plus puissante, sans pour autant empiéter sur sa paix :
« La substance mentale est tranquille, si tranquille que rien ne peut la troubler. Si les pensées ou les activités viennent… elles traversent le mental comme une bande d’oiseaux traverse le ciel dans l’air immobile. 

Elles passent, ne dérangent rien, ne laissent pas de trace. 
Même si un millier d’images où les évènements les plus violents nous traversaient, l’immobilité tranquille resterait, comme si la texture même du mental était faite d’une substance de paix, éternelle et indestructible.
Le mental qui est parvenu à ce calme peut commencer à agir, il peut même agir intensément et puissamment, mais il gardera toujours cette immobilité fondamentale, ne mettant rien en mouvement par lui-même, recevant d’en-haut, et donnant à ce qu’il a reçu une forme mentale sans rien y ajouter de son cru, calmement, impartialement, mais avec la joie de la Vérité et de la puissance, la lumière de son passage. » 


[...] 


 Les Centres de Conscience

 


Si nous poursuivons notre méthode expérimentale fondée sur le silence mental, nous serons amenés à faire plusieurs découvertes qui, peu à peu, nous mettront sur la piste. D'abord, nous verrons la confusion générale où nous vivons se décanter lentement; des étages se distingueront dans notre être, de plus en plus clairement, comme si nous étions faits d'un certain nombre de fragments ayant chacun une personnalité propre et un centre bien distinct, et, chose plus remarquable encore, une vie particulière indépendante du reste. Cette polyphonie, si l'on ose dire, car c'est plutôt une cacophonie, nous est généralement masquée par la voix mentale, qui recouvre tout, annexe tout. Il n'est pas un seul mouvement de notre être, à quelque niveau que ce soit, pas une émotion, pas un désir, pas un battement de paupière qui ne soit instantanément happé par le mental et recouvert d'une couche pensante — c'est-à-dire que nous mentalisons tout. Et c'est la grande utilité du mental au cours de notre évolution : il nous aide à porter à notre surface consciente tous les mouvements de notre être qui, autrement, resteraient à l'état de magma informe, subconscient ou supraconscient. Il nous aide aussi à établir un semblant d'ordre dans cette anarchie et, tant bien que mal, coordonne tous ces petits féodaux sous sa suzeraineté.
Mais du même coup il nous voile leur voix et leur fonctionnement véritables — de la suzeraineté à la tyrannie il n'y a qu'un pas. Les mécanismes surmentaux sont totalement obstrués, ou ce qui réussit à filtrer des voix supraconscientes est immédiatement faussé, dilué, obscurci ; les mécanismes submentaux s'atrophient et nous perdons des sens spontanés qui furent très utiles à un stade antérieur de notre évolution et pourraient l'être encore; d'autres minorités se rangent dans la rébellion et d'autres accumulent
sourdement leur petit pouvoir en attendant la première occasion pour nous sauter à la figure. Mais le chercheur, qui a fait taire son mental, commencera à distinguer tous ces états dans leur réalité nue, sans leur revêtement mental, et il sentira à divers niveaux
de son être des sortes de points de concentration, comme des noeuds de force, dotés chacun d'une qualité vibratoire particulière ou d'une fréquence spéciale; mais nous avons tous eu, au moins une fois dans notre vie, l'expérience de vibrations diverses qui
semblent s'irradier à différentes hauteurs de notre être; l'expérience d'une grande vibration révélatrice, par exemple, quand un voile semble se déchirer soudain et nous livrer tout un pan de vérité, sans mots, sans qu'on sache même exactement en quoi consiste la révélation simplement, c'est quelque chose qui vibre et qui fait le monde inexplicablement plus large, plus léger, plus clair; ou nous avons eu l'expérience de vibrations plus épaisses: des vibrations de colère ou de peur, des vibrations de désir, des vibrations de sympathie ; et nous savons bien que tout cela palpite à des niveaux différents, avec des intensités différentes. Il y a ainsi, en nous, toute une gamme de nodules vibratoires ou de' centres de conscience, chacun spécialisé dans un type de vibration, que nous pouvons distinguer et saisir directement suivant le degré de notre silence et l'acuité de nos perceptions. Et le mental est seulement un de ces centres, un type de vibration, seulement une des formes de conscience, encore qu'il veuille s'arroger la première place. Nous ne nous étendrons pas sur la description de ces centres tels que la tradition en parle — mieux vaut voir soi-même que d'en parler — ni sur leur localisation; le chercheur les sentira lui-même sans difficulté dès qu'il sera un peu clair. Disons simplement que ces centres (appelés chakra en Inde) ne se situent pas dans notre corps physique, mais dans une autre dimension, bien que leur concentration, à certains moments, puisse devenir si intense qu'on ait la sensation aiguë d'une localisation physique. Certains d'entre eux, en effet, correspondent d'assez près aux différents
plexus nerveux que nous connaissons — pas tous.
Grosso modo, on peut distinguer sept centres répartis en quatre zones :
 1) Le Supraconscient, avec un centre un peu au-dessus du sommet de la tête*, qui gouverne notre mental pensant et nous met en communication avec des régions mentales plus élevées : illuminées, intuitives, surmentales etc.
2) Le Mental, avec deux centres; l'un, entre les sourcils, qui gouverne la volonté et le dynamisme de toutes nos activités mentales quand on veut agir par la pensée ;c'est aussi le centre de la vision subtile ou "troisième oeil" dont parlent certaines traditions; l'autre, à hauteur de la gorge, qui gouverne toutes les formes d'expression mentale.
3) Le Vital, avec trois centres; l'un, à hauteur du coeur, qui gouverne notre être émotif (amour et haine etc.) ; le deuxième, à hauteur du nombril, qui gouverne nos mouvements de domination, de possession, de conquête, nos ambitions etc., et un troisième, le vital inférieur, entre le nombril et le sexe, à hauteur du plexus mésentérique, qui commande les vibrations les plus basses : jalousie, envie, désir, convoitise, colère.
4) Le Physique et le Subconscient, avec un centre à la base de la colonne vertébrale, qui régit notre être physique et le sexe; ce centre nous ouvre aussi, plus bas, aux régions subconscientes. Généralement, dans l'homme "normal", ces centres sont endormis ou fermés, ou ne laissent filtrer que le tout petit courant nécessaire à sa mince existence; il est réellement muré en lui-même et ne communique qu'indirectement avec le monde extérieur, dans un cercle très restreint; en fait, il ne voit pas les autres ou les choses, il voit lui-même dans les autres, lui-même dans les choses et partout; il n'en sort pas.

Avec le yoga, ces centres s'ouvrent. Ils peuvent s'ouvrir de deux manières, de bas en haut ou de haut en bas, suivant que l'on pratique les méthodes yogiques et spirituelles traditionnelles ou le yoga de Sri Aurobindo. A force de concentrations, exercices, on peut un jour, nous l'avons dit, sentir une Force ascendante qui s'éveille à la base de la colonne vertébrale et monte de niveau en niveau jusqu'au sommet du crâne avec un mouvement onduleux, tout à fait comme un serpent; à chaque niveau, cette Force perce (assez violemment) le centre correspondant, qui s'ouvre, et en même temps nous ouvre à toutes les vibrations ou énergies universelles qui correspondent à la fréquence de ce centre particulier. Avec le yoga de Sri Aurobindo, la Force descendante ouvre très lentement, doucement, ces mêmes centres, de haut en bas. Souvent même, les centres du bas ne s'ouvrent tout à fait que longtemps après. Ce processus a son avantage si l'on comprend que chaque centre correspond à un mode de conscience ou d'énergie universel; si, du premier coup, nous ouvrons les centres du bas, vitaux et subconscients, nous risquons d'être submergés, non plus par nos petites histoires personnelles, mais par des torrents de boue universels; nous sommes automatiquement branchés sur la Confusion et la Boue du monde. C'est pourquoi, d'ailleurs, les yogas traditionnels exigent absolument la présence d'un Maître protecteur. Avec la Force descendante, cet écueil est évité et nous n'affrontons les centres du bas qu'après avoir déjà solidement établi notre être dans la lumière d'en haut, supraconsciente. Dès lors, une fois en possession de ses centres, le chercheur commence à connaître les êtres, les choses, le monde et lui-même dans leur réalité, tels qu'ils sont, car ce ne sont plus des signes extérieurs qu'il attrape, plus des mots douteux, plus des gestes, plus toute cette mimique d'emmuré, ni le visage fermé des choses, mais la vibration pure qui est à chaque étage, en chaque chose, chaque être, et que rien ne peut maquiller. Mais notre première découverte est nous-même. Si nous suivons un processus analogue à celui que nous avons décrit pour le silence mental et que nous restions parfaitement transparent, nous nous apercevrons que non seulement les vibrations mentales viennent du dehors avant d'entrer dans nos centres, mais que tout vient du dehors : vibrations
de désir, vibrations de joie, vibrations de volonté etc... Et que notre être est comme un poste récepteur, du haut en bas : Vraiment, nous ne pensons pas, nous ne voulons pas, nous n'agissons pas, mais la pensée arrive en nous, la volonté arrive en nous, l'impulsion et l'action arrivent en nous.8 Si nous disons "je pense donc je suis" ou je sens donc je suis, ou je veux donc je suis, nous sommes un peu comme l'enfant qui s'imagine que le speaker ou l'orchestre sont cachés dans la boîte à musique et que la radio est un organe pensant. Parce que tous ces je ne sont pas nous, ou à nous, et que leur musique est universelle.


* Ce centre, appelé "lotus aux mille pétales" pour symboliser la richesse lumineuse que l'on perçoit lorsqu'il s'ouvre, se situerait, selon la tradition indienne,au sommet du crâne. D'après Sri Aurobindo, et l'expérience de beaucoup d'autres, ce que l'on perçoit au sommet de la tête n'est pas le centre même, mais la réflexion lumineuse d'une source solaire qui est au-dessus de la tête.
Le canal au centre et les deux canaux qui s'entrecroisent de part et d'autre correspondent au canal médullaire et, probablement, au système sympathique; ils représentent les voies de circulation de la Force ascendante (koundalini) lorsqu'elle s'éveille dans le centre du bas et s'élève de centre en centre," comme un serpent ", pour éclore au sommet dans le Supraconscient (tel serait aussi, semble-t-il, la signification de l'uraeus ou naja égyptien que l'on trouve dressé sur la couronne des pharaons avec l'orbe solaire, du quetzalcoatl mexicain ou serpent ailé, (peut-être également des serpents nagas qui surplombent la tète du Bouddha, etc.). Les caractéristiques de ces centres n'intéressent guère que le voyant; nous reviendrons plus tard sur certains détails qui nous intéressent tous. On trouvera une étude détaillée  de la question dans le remarquable ouvrage de Sir John Woodroffe (Arthur Avalon) The Serpent Power (Ganesh & Co. Madras, 1913).

SATPREM  
SRI AUROBINDO OU L'AVENTURE DE LA CONSCIENCE




[...]

Sri Aurobindo a dit ou laissé entendre souvent qu'écrire, pour lui, était une sorte de concession qu'il faisait au monde mental, mais qu'il aurait pu fort bien se passer d'écrire et qu'en fait, sa vraie Action se passait dans le silence. Sri Aurobindo n'était pas un écrivain, c'était un ferment évolutif, une formidable Force de propulsion, comme la Mère. Alors, on peut se dire que ses livres, même s'ils sont mal compris, ou incompris, servent de véhicule à cette Force, et qu'il faut «y aller», publier malgré tout, jusqu'au jour où cette fameuse fente mentale s'ouvrira, et les gens ouvriront la bouche. L'Œuvre s'accomplit en dépit des incompréhensions mentales, et même en dépit des «compréhensions» mentales! C'est seulement dommage que les gens ne voient pas la beauté du Jeu et n'y participent pas consciemment.
 Satprem, L'Agenda de Mère 09 avril 1969