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LES ORIGINES DE LA LANGUE LATINE.





DE

L’ANTIQUE SAGESSE DE L’ITALIE

RETROUVÉE

DANS LES ORIGINES DE LA LANGUE LATINE




Giambattista Vico


PRÉFACE

Tandis que je méditais les origines de la langue latine, j’en observai de si savantes dans un grand nombre d’expressions, qu’elles ne semblaient pas être le résultat de l’usage vulgaire, mais le signe de quelque doctrine intime et mystérieuse. Et certes, il est naturel, qu’une langue soit riche en locutions philosophiques, si la philosophie est en honneur chez la nation qui la parle. Je pourrais rappeler moi-même, que de notre temps, lorsque la philosophie d’Aristote et la médecine de Galien étaient à la mode, les hommes les moins lettrés n’avaient à la bouche qu’horreur du vide, antipathies et sympathies naturelles, les quatre humeurs et leurs qualités, et cent expressions de cette espèce ; puis, lorsque prévalut la physique moderne et que la médecine fut traitée comme un art empirique, on n’entendait parler que de circulation du sang, de coagulation, de drogues utiles et nuisibles, de pression atmosphérique, etc. Avant l’empereur Adrien, les mots d’ens, être, essentia, essence, substantia, substance, accidens, accident, étaient inusités chez les Latins, parce qu’on ne connaissait pas la métaphysique d’Aristote. Depuis cette époque, elle attira l’attention des savants, et ces termes devinrent vulgaires. Ainsi, ayant remarqué que la langue latine abondait en locutions philosophiques, et, que d’un autre côté, l’histoire nous atteste que les anciens Romains, jusqu’au temps de Pyrrhus, ne songèrent qu’à l’agriculture et à la guerre, j’en induisais qu’ils avaient reçu ces termes de quelque autre nation éclairée, et qu’ils s’en servaient à l’aveugle. De ces nations éclairées dont ils auraient pu les recevoir, je n’en trouvais que deux, les Ioniens et les Étrusques. Quant à la science ionienne, il est inutile d’en parler longuement ; l’on sait de quel éclat brilla l’école Italique. La science des Étrusques est attestée par leur profonde connaissance des cérémonies religieuses. Car la culture de la théologie civile annonce toujours la culture de la théologie naturelle ; les rites sont toujours plus augustes là où l’on a conçu les idées les plus justes de la divinité ; ainsi c’est dans le christianisme que les cérémonies sont le plus saintes, parce que c’est là qu’on trouve la doctrine la plus pure sur la nature de Dieu. L’architecture des Étrusques, la plus simple que l’on connaisse, fournit une preuve très forte qu’ils devancèrent les Grecs dans la géométrie. Qu’une bonne et grande partie de la langue ionienne ait été importée chez les Latins, c’est ce dont témoignent les étymologies ; il est constant que les Romains reçurent de l’Étrurie les cérémonies du culte des dieux, et en même temps les formules sacrées et les paroles pontificales. Je crois donc pouvoir conclure avec assurance que c’est chez ces deux nations qu’il faut chercher l’origine des expressions philosophiques des Latins ; et j’ai résolu de retrouver, dans les origines de la langue latine, la sagesse antique de l’Italie : travail que personne, autant que je sache, n’a encore entrepris, mais qui mérite peut-être d’avoir provoqué le regret de Bacon. Platon, dans le Cratyle, essaya de retrouver, par la même voie, la sagesse antique des Grecs. Ainsi ce qu’ont fait Varron dans ses Origines ; Jules Scaliger, dans son Traité des causes de la langue latine ; François Sanctius, dans la Minerve, et Gaspard Scioppius, dans les notes qu’il y a jointes ; tout cela est très différent de notre entreprise. Ces savants se sont proposé de tirer de la philosophie dans laquelle ils étaient très versés, une explication des causes de la langue et de tout l’ensemble de son système : mais nous, sans nous assujettir aux opinions d’aucune école, nous rechercherons dans les origines mêmes des mots quelle a été la philosophie de l’Italie antique. 

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