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18/11/2020

Vulcain-Héphaïstos ou la puissance du feu




Muse mélodieuse, chante l'ingénieux Vulcain. De concert avec Minerve, il enseigna sur la terre les plus beaux ouvrages aux mortels ; auparavant ils habitaient les antres des montagnes, comme les bêtes sauvages, mais maintenant, instruits dans les arts par l'industrieux Vulcain, ils voient les années s'écouler dans une vie heureuse, ils vivent tranquilles dans la maison.
Soyez-nous favorable, ô Vulcain, accordez-moi le bonheur et la vertu.

HOMÈRE, HYMNE XIX , À Vulcain


     Comme dans beaucoup d'œuvres de l'époque classique, le choix des sujets des représentations en général et de la mythologie en particulier, permettait au peintre d'y inscrire un sens caché décelable en plongeant à l’intérieur de l’œuvre, ce qui lui confère un sens ésotérique. Cet aspect caché – occulte – de l’œuvre nous faisant ainsi entrevoir certains mystères, au sens mystères de la mythologie gréco-romaine, tels que les mystères d’Éleusis transmis par Orphée dans la Grèce antique. Ici La Forge de Vulcain d'Alessandro Gherardini représente un épisode du Livre VIII de l'Énéide de Virgile où les Cyclopes façonnent des armures pour Énée dans la forge d'Héphaïstos, le Dieu du feu de l'antiquité grecque.  
     Ce tableau fait apparaître un travail pictural très contrasté entre ombre et lumière, il s'inscrit typiquement dans la période baroque: il y a une source de lumière dans la scène provenant du feu de la forge. Héphaïstos, le dieu du feu, est surtout connu pour son rôle de forgeron des dieux et des déesses. Son rôle est très important et sa place au panthéon olympien est parmi les dieux principaux. Malgré tout, il est étonnant de constater qu’il y a peu de représentation d'Héphaïstos. Son homologue romain Vulcain, étant plus tardif, a été davantage représenté. Ce tableau d'Alessandro Gherardini The Forge of Vulcan, fait partie des nombreuses représentations que nous avons de Vulcain dans la peinture classique. Celui-ci rompt avec les canons traditionnels de la peinture classique. Davantage expressionniste que classique pour l'époque, l'expressivité de ce tableau est pleine de mouvement et de force. Le feu est partout présent, sa lumière se reflète sur les parois de la forge et dans la fumée enveloppant la forge, l'éclat de sa lumière jaillit avec vivacité du métal martelé, illuminant l'espace et les corps en mouvement des forgerons à l'œuvre. Ces forgerons, au nombre de trois, sont les Cyclopes, qui par leur force aident Vulcain-Héphaïstos. Ils sont reconnaissables par l'absence de finesse de leur traits et la présence de leur unique œil frontal. Ils ont la puissance et la connaissance liées aux forces telluriques, qui font d’eux des forgerons doués de capacités extraordinaires et vont ainsi déployer tout leur savoir-faire au service du dieu du Feu Vulcain-Héphaïstos.
     Le tableau nous présente une composition dynamique et expressive, dominée par les couleurs vivent et chaudes, exprimant les tons chatoyants et lumineux de l’élément feu. Le centre de l’œuvre où se situe le cœur du sujet de l’action est le plus lumineux. De ce centre rayonne une lumière extrêmement vive qui s’estompe à mesure que l’on s’en éloigne, formant un dégradé de ton vers le rouge et le brun-noir de la suie et de la fumée. Sur les corps des trois forgerons cyclopes se reflète la lumière émanant de la source centrale la plus lumineuse. Source lumineuse qu’ils encadrent par leurs corps nus. Cette lumière est ainsi contenue par les corps dans l’espace central du tableau, signifiant qu'ils en sont les gardiens et que ce feu émane d'eux. L'éclat lumineux le plus vif et le plus intense se situe au niveau du centre ventrale, le Hara, du Cyclope central. 
      A l'arrière plan l'on peu entrapercevoir le feu jaillissant du foyer de la forge. Ce foyer est intriguant, il n'est pas complètement apparent, seules quelques pierres brutes et massives évoquant le minéral terrestre le contiennent. Malgré tout, sa force tellurique est perceptible, le feu semble jaillir des entrailles de la terre, sa force est brutale, primitive, électrisant l'atmosphère enfumée. Sa force brute contraste avec l'éclat étincelant du feu central de la pièce métallique forgé sur l'enclume. La lumière de celui-ci est vive, d'un blanc étincelant, c'est le feu à l'œuvre dans sa maîtrise. L'éclat de cette lumière saute aux yeux instantanément dès que nous posons notre regard sur la scène. C'est un feu créateur qui émane du métal en fusion. Métal qu'il faut dompter et marteler promptement pour accompagner le feu dans son processus créateur, accomplissant l’étape final de la transformation d’un objet de métal conçu à partir de la fusion des minerais natifs de la terre. C'est la force vital du feu sacré siégeant dans la Hara entre le centre ombilical et le centre racine à la base des organes génitaux. Ce centre lorsqu'il s'éveille peut avoir la puissance d'un chalumeau que l'on peut littéralement percevoir et ressentir avec la même intensité. Ici la scène représente les Cyclopes façonnent des armures pour Énée.  Énée (en grec ancien Αἰνείας / Aineías, en latin Aeneas signifiant « de cuivre », dérivé du mot aes, aeris désignant le cuivre). Le cœur de la forge  façonne le minerai en métal. Comme le précise Annick de Souzenelle dans son SYMBOLISME DU CORPS HUMAIN, Job effectue en lui même, en ses terres intérieures le changement de conscience, symbolisé par le changement de peau, et il aborde ses terres intérieures ainsi:
« Il  y a pour l'argent un lieu d'où on l'extrait, pour l'or un lieu où on l'épure. Le fer se tire de la terre et la pierre fondue donne le cuivre. L'homme met fin aux ténèbres, il explore jusqu’à fond des abîmes la pierre cachées dans les ténèbre et l'ombre de la mort... »

François Jollivet-Castelot dans son ouvrage COMMENT ON DEVIENT ALCHIMISTE précise que  « (...) dans les rapports de l'Alchimie Kabbalistique  le fer est attribué à Tiphereth — le cuivre à Netzah et Hod — le vif-argent à Yésod... Le Fer est le microprosope des métaux; c'est le seir Ampin de la kabbale métallique. Il correspond à Tiphereth, à cause de son éclat, de sa vigueur et de ses triomphes ; il est fort, il est beau comme Mars. Netsah et Hod sont représentés par le laiton rouge et le laiton blanc ; airain et cuivre, métaux androgynes qui sont deux en un, et figurés par les colonnes Jakin et Bohas du Temple de Schloœoh. Jésod est le D : le générateur et comme le sperme des métaux.
Hod correspond à l'airain, au cuivre, au laiton, dans la Kabbale naturelle. Le nom de l'airain possède un nombre identique à celui du serpent. C'est pour cette raison dit l'Asch Mézareph que le serpent d'airain de Moïse est l'emblème du règne androgyne de Hod.
D'après le Cycle des Métaux d'après la Tradition. leur transformation s'effectue ainsi:
Fer >Cuivre > Plomb >  Etain >  Mercure >  Argent > Or >Argent >  Mercure >  Étain >  Plomb > Cuivre > Fer < Cuivre, etc.
Le plomb, l'étain, le cuivre, le fer et le mercure correspondent à Saturne, Jupiter, Vénus, Mars, et Mercure.
En alchimie les métaux correspondent autant aux planètes, qu’aux températures et aux couleurs.
Les origines de la Science Hermétique remontent aux temps antiques de la Khaldèe et de l'Égypte ; puis fut transmise aux Hébreux, et de là se répandit par le monde afin d'illuminer plus tard, quelque peu, la Grèce. Les mythes de la sagesse Grecque furent ensuite transférés dans la Rome antique.
 
     Léon Gineste, dans son ouvrage ALCHIMIE EXPLIQUE DANS SON LANGAGE précise que « Vénus est la Déesse mythologique dont le métal correspondant est le cuivre, sa couleur le jaune. C'est la cou­leur qui apparaît entre le blanc et l'oranger.  Vénus sortant de l'onde sur une coquille dit à l'opé­rateur que la déesse doit apparaître sur la coquille.  En d'autres termes, il doit teindre la coque de l’œuf philosophal. Vénus était mariée à Vulcain.  Elle le trompa avec Mars.  Vulcain fabriqua alors une chaîne enchan­tée.  Ainsi Vénus et Mars furent capturés ensemble.  Cette fable reproduit, comme tant d'autres, le couple minéral uni par le sel magique. »
 
     Don Pernety, quant à lui précise que :
« Michel Maïer dit que les Anciens entendaient par Vénus une matière sans laquelle on ne peut faire le grand œuvre, & la plupart des Philosophes paraissent aussi l’avoir prise quelquefois dans ce sens là. Flamel cite ces paroles de Démocrite: "Ornez les épaules & la poitrine de la Déesse de Paphos, elle en deviendra très belle, & quittera sa couleur verte pour en prendre une dorée. Lorsque Paris eut vu cette Déesse dans cet état, il la préféra à Junon & à Pallas. Qu’est-ce que Vénus, dit le même Auteur? Vénus comme un homme a un corps & une âme ; il faut la dépouiller de son corps matériel & grossier, pour en avoir l’esprit tingent, & la rendre propre à ce qu’on veut en faire. "
Philalèthe regardait Vénus comme un des principaux ingrédients qui entrent dans la composition du Magistère (Vade mecum.). D’Espagnet cite à cette occasion ces vers du sixième livre de l’Énéide :
 
…. Latet arbore opaca
Aureus & soliis, & lento vinmine ramus
Junoni infernae dictus facer ; hunc tegit omnis
Lucus, & obsruris claudunt convallibus umbra,
Vix ea fatus erat geminae, cum forte columbae
Ipsa fsub cri viri coelo venere volantes
Et viridi sedere solo: tum maximus Heros
Maternas agnoscit aves.
 
      C’est à cela qu’il faut aussi rapporter ces paroles d’Isimindrius (Code Vérité.) : 
" Notre soufre rouge se manifeste, quand la chaleur du feu passe les nues, & se joint avec les rayons du Soleil & de la Lune. Vénus alors a déjà vaincu Saturne & Jupiter. " Brimellus (Loc. cit.) dit aussi : " Il viendra diverses couleurs (à notre Vénus) ; le premier jour safran ; le second, comme rouille ; le troisième, comme pavot du désert ; le quatrième, comme  sang fortement brûlé. "
       Le terme d’airain que les Adeptes ont souvent employé pour désigner leur matière avant la blancheur, n’a pas peu contribué à faire prendre le change aux Souffleurs & même aux Chimistes vulgaires, qui ont regardé en conséquence le cuivre comme la Vénus des Philosophes. Mais ce qui nous manifeste bien clairement l’idée que les Anciens attachaient à leur Vénus, est non seulement ses adultères avec Mercure & Mars, mais son mariage avec Vulcain.
Ce dernier étant le feu philosophique, comme nous l’avons prouvé, & le prouverons encore, est-il surprenant qu’il ait été marié avec la matière des Philosophes ? » 
 
      Au regard de ces précisons alchimiques trouvées dans divers ouvrages, en osant un jeu de mot, dans la langage des oiseaux on pourrait donc  oser avancer l'étymologie ésotérique suivante: Le Cyclope participe donc du cycle opératoire (Cycle-op.) de la transformation des métaux . 
 
     Comme l'explique René Alleau dans ASPECT DE L’ALCHIMIE TRADITIONNELLE :
 « L'historien Éphore affirme que les Dactyles Idéens étaient ainsi appelés de l'Ida, mont de Phrygie, où ils avaient établi leur séjour et Clément d'Alexandrie ajoute que ce fut par l'effet d'un incendie de forêts qu'ils découvrirent les mines de cuivre et de fer cachées dans les flancs de cette montagne. Selon la chronique de Paros, cet événement se serait produit sous le règne de Pandion, roi d'Athènes, vers 1432 avant J.-C., ce qui correspon­drait à la fin des temps mycéniens et à la date approxi­mative de la tombe rupestre de Spata.
     Dans ce caveau, situé à une quinzaine de kilomètres à l'est d'Athènes, ont été découverts des objets en pâte de verre blanchâtre et bleue, parfois décorés de dauphins et de sphinx, des pièces d'ivoire et d'or, en feuilles minces, plutôt jaune que rouge, et des pointes de flèches en bronze. Ainsi, dès cette époque, le travail des métaux et du verre semble avoir atteint une relative perfection, ce qui laisse supposer que le corps sacerdotal des théurges du feu, en Attique et dans, l'Égéide, devait exercer une importante influence. »
 
      Dans le processus d’observation de l’œuvre, le regard est toujours ramené au centre de l’œuvre par l’éclat de la lumière créée par la percussion des outils métalliques sur le métal en fusion.  Ce rayonnement conditionne un processus d’aller et retour entre le centre de l’œuvre et sa périphérie, forçant le regard à se recentrer, tout en l’incitant à se poser sur les objets alentours dont les surfaces sont illuminées par l’éclatante lumière ignée. Ce processus de composition par la lumière impulse une dynamique dans l’action même de regarder l’œuvre, effectuant un va et vient du centre vers la périphérie, et de la sphère périphérique vers le point central, et ainsi de suite. Ce processus accentue la dynamique d’action effectuée par les Trois Cyclopes martelant l’œuvre d’Héphaïstos sur l’enclume d’où le rayonnement émane du centre de l'œuvre et irradie vivement, mettant en exergue les corps puissants et vigoureux des trois forgerons martelant le métal.  
       Ces trois Cyclopes sont les assistants d’Héphaïstos - Vulcain que l'on voit ici au premier plan, exécutant un mouvement de recul devant l'extraordinaire puissance des Cyclopes qui l'aident à confectionner l'outil sur l'enclume. Le visage de Vulcain est bien visible, il porte un regard attentif sur les forgerons cyclopes à l'œuvre. Ce mouvement de recul de Vulcain accentue la puissance des trois forgerons à l'œuvre, car étant le maître de la forge, le dieu des forgerons et du feu est le détenteur de la pleine puissance et de la maitrise de son savoir-faire. Là, il reste à sa place mais tout de même manifeste un léger mouvement de recul face à tant de force, de puissance, de rapidité, de vivacité, de vigueur que le peintre à excellemment rendu dans ce tableau, de tel sorte que nous les ressentons, les voyons se mouvoir, percevons ce dynamisme du mouvement comme s'il était réel. Les mouvements de jambes participent de ce dynamisme, que ce soit celui des Cyclopes en action, de Vulcain assis mais reculant, et des Chérubins, identifiables avec leurs ailes d'ange. La présence des quatre Chérubins nous permet de savoir que nous sommes en présence d'un Dieu. 
     Le symbolisme des chiffres n'est pas non plus un hasard dans cette œuvre, quatre Chérubins et trois Cyclopes donnent le chiffre sept, chiffre particulièrement sacré, chiffre de la création. Nous sommes en plein processus de création, supervisé par le Dieu Héphaïstos.       
       Les Chérubins sont eux même tellement surpris par la puissance de la scène qu'ils sont apeurés. Deux d'entre eux sont à terre, reculant, deux autres se protègent en se tenant mutuellement dans les bras. Se situant de part et d'autre du tableau par paires, ces anges dévoilent différents angles de l'oeuvre. Cette invitation à observer tous les angles, qu’ils soient objectifs (composition de l’œuvre) ou subjectif (significations de l’œuvre), est renforcée par l'ange Chérubin qui gît à terre aux pieds d'Héphaïstos. Dans son mouvement de chute, ce Chérubin tourne son regard vers nous et pointe du doigt en direction d'un élément du tableau, nous invitant à en considérer l'importance. 
     Notre attention est ainsi portée au niveau de la jambe d'Héphaïstos, révélant en effet une anatomie particulière. Notre regard continue naturellement de scruter cette jambe cherchant à déceler ce que nous montre le Chérubin messager.  En descendant nous apercevons la difformité manifeste du pied de Vulcain. Cette difformité est pointée du doigt par le Chérubin qui gît à terre et par l’outil qui gît au sol au premier plan de l'œuvre. La pointe acérée de ce long outil métallique brillant, pointe directement explicitement vers le pied gauche de Vulcain et encore plus précisément vers le gros orteil du pied. Ce sont les propres outils de Vulcain, le marteau et une pince de forge métallique, symboles de puissance divine, qui gisent au sol, rappelant que Vulcain s'est blessé avec ses propres outils, ou en tout cas dans l'exercice de ses fonctions de forgeron divin, sollicité par les Dieux de l’Olympe et les Héros pour confectionner leurs attributs de puissances, parfois leur armes, ce qui n'est pas sans risque !   La puissance du divin forgeron va jusqu'à lier les destins !  Lorsque le forgeron Héphaïstos a appris la longue histoire d'amour de sa femme Vénus (Aphrodite) avec Mars (Ares), il a riposté en façonnant un filet de fer si fin qu'il ne pouvait pas être vu et en le posant sur un lit pour piéger les amants dans une étreinte. La boite de Pandore (celle qui à tous les dons: pan-dore), a été façonné par Vulcain-Héphaïstos. Dans La symbolique du corps humain Annick de Souzenelle un fois encore nous éclaire à la lumière des mythes grecs: « En effet, née des mains d'Héphaïstos par ordre de Zeus, Pandore porte le feu divin en puissance dans la fameuse boite qui lui est remise et qu'elle n'a pas le droit d'ouvrir. Don divin, ces énergies-feu seront éléments de vie si l'Homme sait s'en servir, de mort s'il n'en connait pas les pouvoir et n'en a pas conquis, en même temps que la Connaissance et la maîtrise. »
     Pandore, créé par Héphaïstos, détenant le feu sacré, telle la Shakti de l'Inde védique, le donne aux hommes, mais ce feu doit être maitriser, les humains ne doivent pas l'utiliser sans Connaissance, sans conscience, sous peine de voir ces énergies libérées avec excès. Et par ignorance affliger l'humanité de maux et de calamités infinies. Désir, désir de puissance, volonté de dominer la vie, volonté de puissance pour fuir la réalité insoutenable de la mort, en s'emparant de la puissance divine libérée par Pandore, les humains non éclairés ne feront qu'aggraver leurs tourments... Vulcain l' a payé lui même par sa toute puissance, la blessure à la jambe en est la marque, le retour de flamme en quelque sorte. Et l'analogie entre  Héphaïstos blessé et la symbolique de la boite de Pandore qui selon l'analyse de La Symbolique du Corps Humain, « par la réceptivité de "tous les dons" qu'elle contient , nous fait penser au pieds (évoqués plus haut). L'ouverture de la boîte de Pandore n'est elle pas la réplique de la blessure faite au pied, ouverture, blessure par laquelle s'écule en vain les énergies humaines ? »
 
      Remarquons que les Chérubins se situent dans la moitié inférieure du tableau. Dans la Tradition, telle que la transmet Annick de Souzenelle, le mouvements ascendant et descendant des anges symbolise au niveau du corps les énergies mobilisées le long de la colonne vertébrale. « Ces énergies qui montent et descendent  participent de la force dynamique de la rencontre de l'homme avec le monde extérieur dans la première partie de sa vie, rencontre  de l'Homme avec lui-même lorsqu'il passe la "porte des Hommes", puis rencontre de l'Homme avec son noyau, son NOM, épousailles divines! »

     Notons que Pythagore selon cette même Tradition, est celui qui donne naissance, qui engendre à la connaissance,et il  était appelé "le maître au genou d'or".  Si nous permutons les lettres hébraïques du mont béni  , nous formons le mot... racine du "Chérubin".

     Nous voyons très précisément que le Chérubin à terre pointe de son doigt exactement en direction du genou d'Héphaistos-Vulcain.

     A. De Souzenelle dans La Symbolique du Corps humain continue de nous éclairer :
« Dans sa valeur arithmologique, le genou contient déjà les énergies du Fils, dont nous savons que, s'il les accomplit, l'Homme entre alors dans la dimension d' « épouse » couronnée. Pour cela, des sa naissance, l'Homme reçoit la bénédiction.
Prononcé Baroukh, le mot Jiz est le « béni ». La « barco chez les Arabes n'a pas d'autre sens. Genou et bénédiction sont le même mot ! »

     Les chérubins symbolisent aussi la volatilité du mercure alchimique. Et Don Pernety dans son ouvrage FABLES ÉGYPTIENNES & GRECQUES apporte les précisions suivantes: « Mercure, dit-on, fut élevé par Vulcain ; mais il n’eut guère de reconnaissance des soins que ce Mentor prit de son éducation : il vola les outils que Vulcain employait dans ses ouvrages. Il vola les instruments de Vulcain à peu près comme un Élève vole son Maître, lorsque sous sa discipline il devient aussi savant que lui, & exerce ensuite seul l’art qu’il a appris. Il puisa dans l’école de Vulcain, & se rendit propre son activité & ses propriétés. S’il prit la ceinture chamarrée de Vénus, & le sceptre de Jupiter, c’est qu’il devient l’un & l’autre dans le cours des opérations du grand œuvre. En travaillant sans cesse dans le vase à purifier la matière de cet art, il balaye la salle d’assemblée, & la dispose à recevoir les Dieux ; c’est-à-dire, les différentes couleurs appelées : la noire, Saturne ; la grise, Jupiter ; la citrine, Vénus ; la blanche, la Lune ou Diane ; la Safranée ou couleur de rouille, Mars, la pourprée, le Soleil ou Apollon, & ainsi des autres, qu’on trouve à chaque page dans les écrits des Adeptes. »

   Basil Valentin, dans son TRAITÉ CHYMICO-PHILOSOPHIQUE, établit tout un chapitre sur l'Esprit du Cuivre et la symbolique alchimique de Vénus, et conclu une prière alchimique en ces termes: 
 
« Ô Séraphin! Ô Chérubin ! que tes merveilles sont grandes, tourne les yeux de ta grâce sur ton serviteur, et montre toi sensible aux prières, réprime ta colère, parce que j'ai divulgué cette révélation. »

     René Alleau nous renvoie quant à lui dans son ouvrage sur l'alchimie à un descriptif en résonance avec le thème du tableau:
« Sans l'outil, la main humaine est plus dépourvue de puissance et d'efficacité que la patte de n'importe quel animal. Sans un instrument adapté à une tâche précise, l'intelligence est hors d'état d'exprimer ce qu'elle conçoit, de traduire et de manifester ses pensées. A cet égard, ceux qui disposent de l'outil et du langage commandent, en fait, à tout le développement des techniques d'une civilisation donnée. Aussi peuvent-ils être considérés à juste titre comme les guides, souvent cachés, les têtes et les chefs réels du corps social. Tels furent sans doute les "thé-urges du Feu", les "Dieux Forts", les "Puissants", les robustes Cabires de Samothrace dont les pieds touchaient les abîmes d'Hephaistos-Vulcain et le bonnet conique ou étoile, les gouffres incandescents d'Hélios-Apollon, tandis que de haut en bas et de bas en haut, en un mouvement incessant, circulait le verbe d'Hermès.
Hermès, Hélios, Héphaïstos, telle dut être en effet la triade cabirique voilée sous les noms d'Axieros, Axiokersos et Axiokersa, que nous a transmis l'historien Mnaseas, selon le scholiaste d'Apollonius de Rhodes, fragment précieux des dogmes originaux sur lesquels reposaient les mystères de Samothrace.
Ces noms étranges semblent n'avoir reçu jusqu'à présent aucune étymologie vraisemblable bien qu'on les eût rapportés tantôt au copte, tantôt à l'hébreu, tantôt au grec. Sans prétendre résoudre définitivement ce problème, nous proposerons d'y voir, d'une part, un radical indo-européen commun "Aks", attesté par le sanskrit "aksah" par le grec "axôn", par le latin "axis", terme qui a le sens primitif d' "essieu" et, dérivé, d' "axe", d'autre part, deux autres racines indo-européennes, la première "Er", attestée par le grec "eros". et "oros", par le védique "arta", par le sanskrit "rnot", par le latin "ortus", "orien", terme dont le sens implique la notion d'« une lumière qui commence, d'un lever lumineux, d'une origine », la seconde, "kerd" qui signifie "le cœur", grec, "ker, kardia", hittite, "kardi", vieux slavon, "kerda".
"Axieros" nous paraît donc une déformation d'« Aks-Eros » dérivé de deux racines, "Aks" et "Er" tandis qu' "Axiokersos" et "Axiokersa" représenteraient des dérivations de deux racines "Aks" et "Kerd". Selon cette étymologie possible, "Axieros" signifierait " l'essieu de la lumière originelle " et "Axiokersos, Axiokersa", l' "essieu du cœur", selon deux pôles, positif et négatif.
Cette notion d' "essieu" nous semble d'autant plus probable qu'elle se relie directement au mythe du "char" dont on connaît l'importance fondamentale dans tout le domaine indo-européen. De plus, ne semble-t-il pas évident que des métallurges eussent choisi pour symboliser des principes;, une notion "centrale" familière aux guerriers et aux forgerons ?
L'essieu nous renvoie directement à la roue, à l'axe central qui met la roue en mouvement et la structure. »
 
     La symbolique de la roue nous renvoie directement à celle des chérubins comme le précise Annick de Souzenelle :

« Les Chérubins, huitième hiérarchie angélique, sont ceux don le prophète Ézéchiel a la vision : " A côté de chacun des quatre visages, je vis à terre une roue. L'aspect et la structure de ces roues était ceux de la gemme de Tarsis... Leurs jantes étaient d'une hauteur effrayante, garnies d'yeux tout autour " (Ézéchiel, I, 15-18). »

     En échos à la roue , nous trouvons la Couronne, l'anneau de saturne, avec Gabriel Monod-Herzen dans :  L'ALCHIMIE ET SON CODE SYMBOLIQUE (Éditions Adyar). « La roue-couronne des genoux se trouve encore confirmée par la planète Saturne, maître du signe du Capricorne dans le Zodiaque, nul ne méconnaît l'anneau qui entoure la planète Saturne.
Saturne — comme le signe du Capricorne — nous amène à considérer l'autre aspect de la posture de l'orant : celui qui concerne le contact des genoux (et de la tête) avec la terre. Celui qui est adoubé chevalier met, lui aussi, un genou en terre. Tout postulant d'une force du ciel s'ancre en terre par les genoux.
Quel est le rapport exact genou-Saturne-terre ?
Saturne est lié au plomb. 
L'enfant qui naît aux cycles des te-n'est que « scories de plomb » (Isaïe, I, 25). L'Homme qui Le transmuté le plomb en or naîtra à la couronne de l'Éternité.
Transformer le plomb en or est l'exact travail de croissance.
L'alchimiste Isaac le Hollandais décrit en termes alchimiques le processus de transformation ­de nos énergies qui, libérées de leur gangue, s'élèvent en un temps au niveau de Yesod (la Lune), en un deuxième temps, de Tiphereth (le soleil), promettant le troisième niveau : la Couronne. »
 
     Et pour correspondre avec la symbolique du corps humain d'Annick de Souzenelle, « La couronne en Kether réunit les deux petites couronnes saturniennes des genoux. le plomb est devenu or. »  Vulcain Le forgeron divin a parachevé son œuvre, le plomb ou le minerai brut est devenu or, les Chérubins nous indiquent la voie en pointant le genoux du Dieu estropié. Rappelons ici ce que nous dit l'auteure de La Symbolique du Corps humain, à savoir que:  
« Dans la tradition hébraïque, l'Homme qui franchit la "porte des Dieux". Et « Celui qui "voit avant " doit aussi savoir que le feu divin ne peut descendre dans ce lieu d'exil que l'humanité fait l'effort d'en sortir et d'aller à la conquête du feu dans la forge d' Héphaïstos (Tiphereth) selon la voie juste. »

      Le tableau fait appel à nos quatre sens de façon puissante, chacun des sens étant éveillé tour à tour par les éléments composant l'œuvre, chacun d'eux renvoyant à une faculté sensorielle. Tout d'abord la vue est extrêmement sollicitée par cette lumière et ce mouvement qui émanent des personnages presque nus, que ce soient les Chérubins, les Cyclopes et Vulcain, suggérant la sensation de chaleur qui règne dans la forge. Cette suggestion du mouvement par les corps bruts et vigoureux accentués par la lueur du feu se reflétant sur leurs membres musclés, et nus, nudité innocente des anges, et primitive des cyclopes. Cette mise en exergue des corps et de la peau nus illuminés par la chaleur du feu renvoie au toucher, et à la sensation que nous pouvons ressentir de force  et de puissance émanant de ces corps. Puissance qui par effet de résonance  suggestive se transmet à notre propre corps. La contemplation de cette œuvre nous fait ressentit la chaleur au sein de notre corps, et active le feu intérieur. 
      Ce mouvement des corps est à l'œuvre dans le martèlement du métal sur l'enclume à l'aide des trois marteaux que nous pouvons apercevoir chacun sous un angle différents. Ces différentes angles de vue (de biais, de dessous, de face) viennent accentuer encore le mouvement et le dynamisme expressif de la scène. La percussion de ces marteaux fait jaillir la lumière étincelante du métal frappé sur l'enclume, évoquant pleinement le bruit et les sons qu'ils font en résonant dans cet espace réduit.  Notre sens de l'ouïe est ainsi éveillé à son tour. Le feu de la pièce et la fumée sont deux éléments qui viennent directement solliciter notre odorat, éveillant ce sens de façon subjective par l'intermédiaire de la fumée imprégnant la partie supérieure de la scène, confinant l'espace sous une voute de fumée dense et sombre avec la présence ressentie de toutes les odeurs quelle contient. 
    Dans cet espace caverneux modelé par cette dense fumée,  les forgerons dansent dans la lumière ! Nous ressentons le mouvement qu’ils sont entrain de faire, notamment le forgeron à droite en plein élan, élan marqué par le mouvement de sa jambe droite, à peine visible mais suffisamment évocatrice, et par les bras tenant le marteau au dessus de lui et en arrière, en fin de course, près à repartir dans l'autre sens, vers l'avant et le bas pour frapper sur l'enclume. Le Cyclope de droite prend son élan tenant son marteau à deux mains, la ligne de fuite des bras aux muscles tendus se prolonge dans les fissures du relief de la roche, accentuant les mouvement de frappe de ce Cyclope par ces lignes de fuites marquées et qui se correspondent. Cette composition opère une force subjective du mouvement et participe de la dynamique d'action de la scène véhiculée principalement par les Cyclopes Forgerons.        
     Le peintre n'a pas oublié le sens du détail, il fait apparaitre les étincelles rougeoyantes, telles des braises de métal en fusion, qui sont propulsées de part et d'autre de l'enclume. Comme le précise Charles-Guillaume Scheele dans son TRAITÉ CHIMIQUE DE L'AIR ET DU FEU, « La dissolution de cuivre dans l’esprit de sel ainsi renfermé, diminue aussi l'Air. La lumière ne saurait brûler dans aucune de ces espèces d'air donc le volume a été diminué, et l'on ne saurait y rendre visible la plus légère étincelle.» 

     Étincelles incandescentes dont se protègent les Chérubins et Vulcain, restant prudent face aux brûlures malgré qu'ils soient anges et Dieu du feu, conscient de la dangerosité, peut être du fait du handicap, de Dieu. Mutilation surement dû à l'exercice de sa fonction de forgeron. Certainement le message est de ce fait une mise en garde contre les dangers de la puissance du travail du métal, servant à confectionner outils et armes, à la fois pour les être divins et les êtres humains qui en feront une industrie effrénée dès lors qu’ils en auront trouvé la pleine capacité de puissance par le cercle permanent du domptage du feu et de la force mécanique produite par les machines forgées dans les métaux. C'est le début de l’exploitation de la Nature au service de l'industrie, de la déforestation dès l'Antiquité symbolisée par le Lion de Némée brulant les étendues boisées pour en extraire dans le sol les minerais cachés et bruler le bois pour produire le feu de la forge.
      Les Dieux sont le reflet des forces psychiques à l'œuvre dans la conscience humaine, forces qui sans conscience amènent destructions par une utilisation abusives de volonté de puissance sur la nature et de domination sur les autres peuples. Vulcain nous met en garde contre cette puissance de la forge qui donnera naissance à l'industrie, et ce confirmera à la révolution que celle-ci engendrera dans l'histoire humaine avec la fusion des minerais et la production massive d'énergie polluante et de production exponentielle et massive d'objets mécaniques issues de l'industrie métallurgique. 
     Dans son mouvement de recul pour se protéger des brulures éventuelles des braises étincelantes projetées par le métal frappé sur l'enclume, Vulcain ne laisse transparaître aucune peur sur son visage. Son regard est très attentif au travail effectué par les Cyclopes, restant conscient et présent pour les accompagner de sa présence et de ses conseils dans leur travail. Dans la Mythologie grecque, il existe deux types de Cyclope décrit par Hésiode Les trois cyclope Bronte (Tonnerre, en grec βροντή), Stéropé (Éclair, en grec ancien : Στερόπη, de στεροπή) et Arge (Foudre, en grec ancien κεραυνός / keraunós) sont, comme les Titans, enfants d'Ouranos et de Gea, ce qui en fait un mélange des puissances cosmique primordiale (Uranus) et terrestres primitives (Gaïa), ce qui les associent aux forces chtoniennes des profondeurs terrestres. Originellement, ces trois Cyclopes sont des êtres civilisés et alliés des Dieu de l'Olympe. Ils sont décrits comme des artisans qualifiés, hautement connaisseurs de l'art de la fabrication du fer, et leur activité spécifique était la fabrication foudre de Zeus., ils sont donc les aides Héphaïstos. Leur puissance associé à l'éclaire, au Tonnerre et à la fou dre demande une extrême vigilance, ce que nous montre Vulcain par son attitude.

    Ce tableau émet une puissance magnétique palpable, induit par le captivant jeu de lumières rayonnantes et l'agencement des mouvements des corps en action, dynamisme accentué par les différentes échelles (Divin Vulcain, Géants Cyclopes, Nains Chérubins). L'échelle humaine étant celle qui est en correspondance avec Vulcain mais aussi que nous apportons nous-même par notre regard, qui nous plonge donc directement dans le tableau et nous fait participer à la scène en tant qu'être humain. Vulcain, divinité de forme humaine, mais de force surhumaine, intermédiaire entre les hommes et les dieux  est le vecteur principal d'identification. Sa difformité dû à son accident nous rappelle notre condition humaine imparfaite et fragile. Les anges Chérubins nous exhortent de nous en souvenir en pointant ce détails anatomique caractéristique de Vulcain, et nous invitent à rester à distance du monde des Titans, Cyclopes et autres forces puissantes indomptées, chaotiques, originelles,  forces démesurées qui peuvent mettre danger notre intégrité, dans notre dimension humaine et divine. La puissance de la lumière blanche, irradiante, émise par la force de travail des Cyclopes est d'une telle intensité que seuls les êtres cyclopéens la manient et la dominent, la contiennent sans être altérés par elle, tandis que les êtres divins, angéliques et humains doivent s'en tenir éloignée car sa puissance les surprennent. C'est le feu intérieur, qui pourvoie à l'évolution, que nous devons développer et maîtriser. Nous sommes appelés en tant qu'humains à prendre garde de nous lancer dans la conquête de la puissance de ce feu intérieur qui sans Conscience et maîtrise de soi ouvre à tous les désirs, et à l'échelle industrielle annonce les feux destructeurs et apocalyptiques engendrés par l’exploitation déraisonnable des énergies, source de la prolifération des armes développées de façon exponentielle et paroxystique à l'ère moderne de l'humanité post-industrielle. Par ailleurs, puiser sans cesse dans les entrailles la Terre pour en extraire les minerais était associé depuis l'antiquité et dans les civilisation traditionnelles à une force et un pouvoir que les forgerons ont toujours détenu , dans le respect et la conscience des forces qu'ils employaient, et dans le respect de la Nature. La force incommensurable et imprévisible de Vulcain et des Cyclopes s'expriment par les bouches volcaniques de la Terre, et c'est pourquoi par analogie les Romains ont transposé le Dieu grec Héphaïstos en Vulcain, associé à la puissance des Volcans.

     Et nous pouvons conclure notre cheminement réflexif avec un extrait de Danaé et le dieu en or, dans  l'Aurore de Nietzsche : « Les moyens dont se sert le désir de puissance se sont transformés, mais le même volcan bouillonne toujours, l’impatience et l’amour démesuré veulent avoir leurs victimes : et ce que l’on faisait autrefois « pour la volonté de Dieu », on le fait maintenant pour la volonté de l’argent, c’est-à-dire à cause de ce qui donne maintenant le sentiment de puissance le plus élevé et la meilleure conscience.»


Sylvère